Covid-19 : "Si on n'agit pas vite, on risque un débordement très important" dans les hôpitaux d’Ile-de-France, alerte le professeur Djillali Annane

Tous les départements d'Ile-de-France font partie des 20 départements placés en "surveillance renforcée", où la situation sanitaire est inquiétante, selon le gouvernement.

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Radio France
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Des soignants s'occupent d'un patient en réanimation à l'hôpital Tenon (Paris), le 26 janvier 2021. (ALAIN JOCARD / AFP)

"Si on n'agit pas vite, on risque un débordement très important" en Ile-de-France, a alerté le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), invité de franceinfo dimanche 28 février. Dans les hôpitaux franciliens, "on sent tous les jours la tension monter graduellement et inexorablement" avec "majoritairement des patients atteints par le variant britannique" depuis 15 jours, explique-t-il. Selon lui, les hôpitaux ont déjà dépassé leur "capacité normale de lits en réanimation".

franceinfo : Quelle est aujourd'hui la situation dans votre service ?

Professeur Djillali Annane : La situation ressemble tristement à celle d'il y a plusieurs jours déjà. C'est-à-dire que le taux d'occupation en Ile-de-France aujourd'hui est de plus de 70 % des patients en réanimation atteints par le Covid-19. Il s'agit de formes sévères, majoritairement du variant britannique. On sent tous les jours la tension monter graduellement et inexorablement. Ce qui s'est vraiment modifié, c'est le profil des patients, c'est-à-dire que, depuis environ une quinzaine de jours maintenant, on a basculé dans une situation où nous avons majoritairement des patients atteints par le variant britannique.

Et comment devez-vous vous adapter dans vos services ? Est-ce qu'il y a des transferts entre des établissements ?

Pour l'instant, nous n'avons pas opéré de transfert, mais d'ores et déjà en Ile-de-France, une régulation à l'échelle de la région s'est mise en place depuis quelques jours, de façon à essayer de retarder le plus tard possible le moment où on sera tous saturés. Aujourd'hui, on a déjà dépassé notre capacité normale de lits en réanimation en région Ile-de-France. On est en train d'utiliser notre réserve, on la voit s'amenuiser de jour en jour.

Dans plusieurs hôpitaux, on a ouvert de nouveaux lits pour essayer de prendre en charge le plus grand nombre de patients possible. Cette réserve, elle est constituée de lits de réanimation qui ne sont pas des lits traditionnels de réanimation, qui sont des lits dits éphémères. Et on sait que la prise en charge des patients dans ces lits-là n'est pas optimale. Donc, on est dans une situation aujourd'hui de prise en charge dégradée des patients qui s'aggrave de jour en jour et il est vraiment urgent que l'on puisse renverser cette situation.

Comment faire pour renverser la situation ? "Le couvre-feu fonctionne très bien", d'après le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Vous diriez la même chose ?

Ce qu'on constate, c'est que le nombre de contaminations augmente inexorablement. Il faut savoir que vous avez environ une personne sur 100 contaminée qui atterrit en réanimation. Vous voyez bien qu'on a une augmentation constante du nombre de contaminations tous les jours, et donc une augmentation en parallèle constante du nombre de patients admis en réanimation malgré le couvre-feu. Donc on voit que les mesures qui sont actuellement en vigueur en Ile-de-France ne vont pas permettre de débloquer la situation, ne vont pas permettre de réinverser la courbe des contaminations. Et si on n'agit pas vite dorénavant, on risque un débordement très important.

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