Covid-19 : quatre choses à savoir sur l'utilisation de traitements à base d'anticorps de synthèse en Allemagne

Ce traitement expérimental a notamment été utilisé pour soigner Donald Trump, début octobre 2020. Mais son utilisation, autorisée par les autorités allemandes, n'est pas sans contrainte. 

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Un médecin installe une perfusion pour un patient infecté par le Sars-CoV-2, en mai 2020. (SKAMAN306 / MOMENT RF)

C'est un nouvel espoir dans la bataille contre la pandémie de Covid-19. Les traitements par anticorps de synthèse permettent de soigner les patients atteints par le virus afin de leur éviter une forme grave de la maladie. C'est d'ailleurs un de ces traitements expérimentaux qui a été injecté à Donald Trump en octobre dernier et dont il a vanté le mérite. 

Développés spécifiquement pour lutter contre ce virus, ces thérapies montrent une efficacité contre la charge virale en la réduisant, comme l'indique le New England Journal of Medecine (article en anglais). Jusque-là administrées aux Etats-Unis et au Canada, elles arrivent pour la première fois en Europe, et plus précisément en Allemagne.

Le pays le plus peuplé d'Europe a déclaré plus de 2,1 millions de cas depuis le début de la pandémie et a dépassé les 50 000 morts du Covid-19 le 22 janvier. Berlin va donc proposer, sous certaines conditions, un accès à deux thérapies à base d'anticorps "monoclaux" dans des hôpitaux universitaires dès la semaine prochaine. Mais l'Allemagne doit faire face à quatre contraintes. 

1Un prix unitaire élevé 

L'Allemagne a acheté "200 000 doses pour 400 millions d'euros" a déclaré le ministre de la Santé, Jens Spahn, au journal Bild (article payant en allemand), le 24 janvier. Elle a passé commande auprès des deux entreprises de biotechnologies américaines qui produisent chacune un traitement à base d'anticorps "monoclaux" : Regeneron, avec le Regn-Cov2, et Eli Lilly, avec le Bamlanivimab.

Chacune de ces thérapies proposées coûte entre "2 000 dollars" (soit 1 645 euros) pour une dose de Regn-Cov2 et "1 200 dollars" (soit 987 euros) pour un flacon de 700 mg de Bamlanivimab. Sachant que 4,2 grammes de produit doivent être administrés pour chaque patient, selon une étude réalisée par Eli Lilly, le coût d'une dose s'élève à environ 6 000 euros. 

Un prix très élevé que n'auront pas à débourser les patients pour pouvoir bénéficier de cette thérapie, a précisé une porte-parole du ministère de la Santé allemand à l'AFP. Cependant il reste la question du coût supplémentaire lié à l'administration du traitement qui "doit être perfusé dans une clinique ou un hôpital" et qui pourrait être à la charge des patients, rappelle le New York Times (article payant en anglais). 

2Une faible production de doses

L'autre frein auquel l'Allemagne pourrait être rapidement confrontée, une fois les 200 000 doses écoulées, est la disponibilité des traitements suivants. Car leur fabrication est progressive et les pays clients augmentent.

La biotech Regeneron a précisé, en novembre 2020, qu'elle ne pourrait produire de doses que "pour 80 000 personnes d'ici la fin novembre, suffisamment pour 200 000 patients la première semaine de janvier 2021 et 300 000 fin janvier 2021", rapporte le New York Times. Un partenariat conclu avec le fabricant suisse Roche devrait ensuite lui permettre d'augmenter la production. Quant au groupe pharmaceutique américain Eli Lilly, il prévoit d'augmenter ses capacités de production au cours du premier trimestre 2021. 

3Une accessibilité complexe

La particularité de ces deux traitements est qu'ils sont à base d'anticorps "monoclaux" qui imitent la réponse naturelle du corps face à un virus, afin de le combattre plus efficacement. Ils bloquent la pointe du virus qui lui permet de s'attacher aux cellules humaines et de les pénétrer. Mais pour assurer leur efficacité, ils doivent être injectés au début de l'infection, quand les anticorps peuvent encore maîtriser l'envahisseur et que le patient ne développe qu'une forme légère à modérée du Covid-19.

Il est donc nécessaire de dépister rapidement les patients positifs ayant un fort risque de développer une forme grave de la maladie, avant que leur état de santé ne se dégrade et qu'ils entrent dans la deuxième phase du Covid-19, où ce n'est plus le virus qui est un danger, mais la surréaction du système immunitaire qui s'attaque aux poumons et à d'autres organes. "Le médicament doit être administré au plus tard dans les 10 jours suivant les premiers signes et symptômes cliniques d’infection par le coronavirus", précise le laboratoire Lilly.

Pour cela, la prise en charge en hôpital ou en clinique doit être rapide afin de pratiquer une perfusion du médicament en intraveineuse. Cette perfusion est réalisée en mode ambulatoire, et il est nécessaire d'éviter toute contamination possible avec d'autres patients ou membres du personnel de santé lors de cette administration. Une "complexité logistique" que reconnaît Janet Woodcock, directrice de département à la Food and Drug Administration (FDA),"pour un médicament qui prend une heure à être administré, suivie d'une heure d'observation", souligne le New York Times (article en anglais).

4Une thérapie "au cas par cas" 

Ces deux médicaments, Regn-Cov2 et Bamlanivimab, ont reçu une autorisation temporaire de la part de l'agence américaine des médicaments, la FDA, fin novembre. Cette autorisation ne dure que le temps de l'urgence sanitaire liée à la pandémie. Elle pourra être révoquée ensuite. En revanche, les autorités sanitaires européennes ne les ont toujours pas approuvés, ce qui réduit leur champ d'utilisation.

La porte-parole de l'autorité allemande de régulation des médicaments, l'institut fédéral Paul-Ehrlich, a pourtant estimé que l'utilisation de cette thérapie était "en principe" autorisée au cas par cas. C'est aux médecins que revient la décision d'administrer ou non ce traitement pour prévenir "une maladie grave ou des hospitalisations parmi certains groupes à risque".

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