Covid-19 : on constate "une remontée des signaux dans les eaux usées des stations d'épuration", alerte le réseau Obépine

"Parler d'une vague de Covid-19 est encore un peu tôt, parler d'une reprise, c'est tout à fait possible", a indiqué ce samedi sur franceinfo, Vincent Maréchal, professeur de virologie à Sorbonne Université et cofondateur d'Obépine.

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Station d'épuration de Tougas à Nantes (illustration), le 16 septembre 2021.  (OLIVIER LANRIVAIN / MAXPPP)

Vincent Maréchal, professeur de virologie à Sorbonne Université et cofondateur de l'Observatoire Épidémiologique dans les Eaux Usées (Obépine), a indiqué samedi 30 octobre sur franceinfo qu'il observait "une remontée des signaux [qui indiquent la présence de Covid-19] dans les eaux usées des stations d'épuration". Une tendance qui semble s'inscrire "dans la durée". L'entrée dans l'hiver sera-t-elle synonyme de 5e vague de Covid-19 ? Le relâchement des Français dans les gestes barrières et la baisse de l'immunité des premiers vaccinés, notamment, peuvent favoriser "la recirculation du virus", selon lui.

franceinfo : Que voit-on dans les eaux usées ?

Vincent Maréchal : Depuis la fin du mois d'août et le début du mois de septembre, sur les 200 stations d'épuration que nous suivons, soit plus de 30% de la population française, on voyait une décroissance très significative des signaux, quelque chose de très encourageant. Notamment, nous n'avons pas observé le rebond qui nous inquiète beaucoup à la rentrée. Et puis, depuis fin septembre, début octobre, on observe de façon très disséminée, soit un arrêt de la décroissance, soit dans certains secteurs, une remontée des signaux dans les eaux usées des stations d'épuration. On voit cette tendance s'inscrire dans la durée. Et aujourd'hui, on a plus de 100 stations dont la descente en termes de signaux est arrêtée. C'est assez généralisé avec des remontées qui, sur certains territoires, sont assez significatives. Parler d'une vague est encore un peu tôt, parler d'une reprise, que l'on attend par ailleurs, effectivement, c'est tout à fait possible.

D'habitude quels sont les liens entre vos constatations et les hospitalisations ?

Cela fait un an et demi maintenant qu'on suit les stations d'épuration. On en suit près de 200 depuis janvier dernier. Ce que l'on montre, c'est qu'on a une très bonne adéquation entre la variation des signaux qu'on voit dans les stations d'épuration et les données individuelles, par exemple le taux d'incidence qui est beaucoup surveillé. La deuxième chose, c'est qu'effectivement, sur un certain nombre de territoires, on a même une avance de quelques jours sur les variations des taux d'incidence. On le voit assez bien, par exemple sur des villes comme Lille ou Bordeaux, sur lesquelles on a des changements de tendance marqués, qui se traduisent par une augmentation des taux d'incidence dans la population quelques jours plus tard.

Inversement, est-ce qu'il est arrivé que vos constatations ne correspondent pas à une trajectoire montante de l'épidémie ?

On a globalement une très bonne adéquation sur les différentes vagues qu'on a observées. On est sur un indicateur complémentaire des indicateurs individuels. C'est un indicateur qui est une moyenne de ce qui se passe dans un bassin versant donné. Donc, à la fois il y a une certaine robustesse liée au fait qu'on regarde des centaines, voire des milliers, voire des centaines de milliers d'habitants. Et puis, le fait qu'on ne regarde pas chaque habitant individuellement, donc, il y a des oscillations. Mais globalement, les grandes tendances sont très bien respectées. On est d'ailleurs le seul indicateur qui n'a pas changé depuis la première vague. On est capable de suivre ce qui s'est passé, notamment en Ile-de-France, depuis le début mars 2020. Ce qui nous inquiète aujourd'hui, c'est qu'on a un phénomène qui ne touche pas une station d'épuration, mais plus d'une centaine de stations, donc phénomène qui est assez globale et des tendances qui s'inscrivent dans la durée. On a eu un certain nombre de données qui sont arrivées cette nuit, qui confirment les observations que nous avions déjà fait sur les rapports de la semaine passée. Et puis, on a une bonne adéquation entre ces reprises que l'on voit et les taux d'incidence sur un certain nombre de territoires qui sont également en train de montrer une reprise également.

Peut-on dire qu'on est sur une reprise de l'épidémie, mais pour l'instant maîtrisée ?

Oui, on est sur un signal précoce. C'est toujours très difficile de dire ce que cela va devenir. L'intérêt de ces signaux, c'est d'avoir un message précoce et d'essayer de trouver des explications, notamment pour refaire passer des messages de santé publique. Quelles sont les hypothèses ? On a un virus extrêmement contagieux. La deuxième chose, c'est les conditions météorologiques. On rentre dans une période automno-hivernale, très propice à la circulation des virus respiratoires. On voit d'ailleurs, à travers l'épidémie de bronchiolite, qu'on est en train de traverser. Il y a moins de gestes barrières. C'est assez évident. Les masques baissent, le lavage des mains est peut être moins bien respecté, on ventile moins nos locaux parce qu'il fait froid. Et puis, même si la vaccination est très importante aujourd'hui, il y a encore un réservoir de personnes non vaccinées. On peut penser aux enfants, aux personnes âgées qui ont été vaccinées en tout début d'année et dont l'immunité peut être en train de descendre. Donc on a un environnement, un contexte qui peut permettre la recirculation du virus.

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