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Covid-19 : "Nous sommes encore sur un plateau et il n'est pas certain que l'épidémie flambe vraiment", estime un épidémiologiste

Pour Pascal Crépey, "il est beaucoup trop tôt pour parler de troisième vague", estimant que "les hospitalisations continuent de rester relativement stables".

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Radio France
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Des passants masqués dans la rue à Paris, le 24 décembre 2020. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Nous sommes encore sur un plateau et il n'est pas certain que l'épidémie flambe vraiment", a déclaré mardi 29 décembre sur franceinfo Pascal Crépey, enseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Un nouveau Conseil de défense sanitaire a lieu mardi pour faire le point sur l'épidémie de Covid-19.

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D'après Pascal Crépey, il faut être prudent sur la hausse du taux d'incidence actuellement observé dans l'est de la France : "L'incidence est calculée sur le nombre de tests positifs (…) cet indicateur peut être biaisé lorsque le nombre de tests varie beaucoup d'un jour à l'autre". "Je ne suis pas certain qu'on ait besoin de mesures gouvernementales supplémentaires", estime l'épidémiologiste, car les vacances de Noël limitent déjà fortement les contacts.

franceinfo : Est-ce que la situation épidémique vous paraît inquiétante à l'heure actuelle ?

Pascal Crépey : Elle est inquiétante parce que la circulation du virus reste très élevée. Néanmoins, nous sommes encore sur un plateau et il n'est pas certain que l'épidémie flambe vraiment, y compris dans le Grand-Est. Le nombre de tests a beaucoup augmenté ces derniers jours, et plus on teste plus on trouve des cas, et l'incidence est calculée sur le nombre de tests positifs. Donc, il faut faire un tout petit peu attention avec cet indicateur qui peut être biaisé lorsque le nombre de tests varie beaucoup d'un jour à l'autre. Ce sont les hospitalisations qui sont vraiment l'indicateur très spécifique. Or, les hospitalisations continuent de rester relativement stables, voire elles continuent de décroître pour beaucoup de régions. Donc, il faut faire très attention. Et il faut aussi considérer que nous sommes déjà en partie confinés du fait des vacances de Noël. On est toujours dans la deuxième vague puisqu'on est toujours sur ce plateau. Il est beaucoup trop tôt pour parler de troisième vague.

Peut-on expliquer l'aggravation que connaissent la région Grand-Est, mais aussi la Franche-Comté et les Alpes-Maritimes par la seule hausse des tests ?

Pour ces régions-là, il est vrai qu'il y a un niveau de circulation plus élevé que pour les régions de l'ouest de la France. Et cela peut s'expliquer soit par des raisons climatiques, le climat continental permettant peut être de favoriser un peu plus les contaminations, soit par des problèmes d'observance des mesures barrières et des précautions pour éviter les contaminations, soit par des échanges peut-être un peu plus nombreux avec les pays frontaliers qui ont des incidences assez élevées. Ces régions de l'est de la France sont vraiment centrales au niveau de l'Europe et donc des zones de passage, beaucoup plus que les régions de l'ouest de la France.

Quelles mesures vous paraissent à même aujourd'hui d'endiguer l'épidémie, en dehors de la vaccination ?

Il faut vraiment que la population prenne conscience, si ce n'est pas déjà fait, des risques et de la présence toujours continue de ce virus. Il faut vraiment que la population se prenne en main parce que c'est à ce niveau-là. C'est au niveau individuel que l'on peut contrôler l'épidémie. On a encore trop peu de gens qui ont téléchargé l'application TousAntiCovid et peut-être qu'il faut aussi mieux accompagner les personnes qui sont positives pour qu'elles puissent s'isoler dans de bonnes conditions afin que l'isolement soit vraiment respecté et qu'elles ne contaminent pas d'autres personnes. Je ne suis pas certain qu'on ait besoin de mesures gouvernementales supplémentaires, de rajouter des mesures, surtout dans une période de vacances où la frénésie des courses de Noël est derrière nous. Les employés ne travaillent plus parce qu'ils sont en grande partie en vacances et les écoles sont fermées, donc les contacts sont déjà réduits en grande partie. Un confinement aujourd'hui aurait un impact relativement léger par rapport à la situation à laquelle nous sommes actuellement. L'autre question qu'il faut se poser c'est : un confinement pour faire quoi ? Si c'est pour réduire la tension hospitalière, alors ça peut avoir un intérêt. Si c'est juste une mesure réactive face à l'incidence qui semble augmenter, alors il faut peut-être faire attention. Cet indicateur est peut-être biaisé actuellement.

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