Covid-19 : "Les médecins et les soignants souffrent énormément de l'absence des familles", assure un professeur

"Il n'y a que les familles qui redonnent aux patients l'envie de combattre, d'avancer et de guérir", a expliqué Elie Azoulay, réanimateur. Les visites en hôpital restent parfois difficiles à organiser, en raison de l'épidémie de coronavirus et des précautions à prendre.

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Radio France
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Des soignantes s'occupent d'un patient atteint de Covid-19 à l'hôpital Avicennes de Bobigny (Seine-Saint-Denis), en février 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

"Les médecins et les soignants souffrent énormément de l'absence des familles", a expliqué mardi 9 février sur franceinfo le professeur Elie Azoulay, réanimateur, chef du service de réanimation à l'hôpital Saint-Louis. Il était interrogé après que Stéphanie Bataille, comédienne et directrice du théâtre Antoine, a lancé une pétition pour autoriser les visites aux malades hospitalisés. Elle porte plainte contre X pour homicide involontaire après la mort de son père, le comédien Etienne Draber, qui avait contracté le Covid-19 à l’hôpital.

franceinfo : Que pensez-vous de cette réclamation ?

Elie Azoulay : Cela ne me surprend pas, c'est la réalité. C'est un retour de la part des familles que nous avons beaucoup, puisque nous avons assuré le suivi des patients ayant survécu à la réanimation et de leurs proches parfois dans des situations de deuil. C'est quelque chose que nous avons beaucoup entendu. Je pense qu'il faut faire la part des choses. Il y a eu énormément d'efforts par les équipes, d'abord pour laisser rentrer les familles le plus possible.

Nous avons eu beaucoup de patients dont les familles étaient infectées. Faire rentrer des familles potentiellement infectées était un problème, donc on a eu des procédures qu'il a fallu mettre en place pour s'assurer que les familles allaient bien et qu'elles n'allaient pas à être dans des situations au contact du Covid. Les familles nous donnent la possibilité d'avoir des relations soignants-soignés normales. Sans les familles, on fait un boulot de dingue et ce n'est pas supportable. Les médecins et les soignants souffrent énormément de l'absence des familles.

Le lien avec les familles est donc précieux ?

Il est indispensable. D'abord, pour faire notre métier, parce que nous soignons les patients comme ils l'auraient voulu et nous le savons en demandant aux familles. Donc la présence des familles est indispensable et dans les études que nous avons publiées, l'absence des familles est perçue par les soignants comme quelque chose d'extrêmement douloureux et préjudiciable pour les patients, qu'ils décèdent ou qu'ils survivent. Il n'y a que les familles qui redonnent aux patients l'envie de combattre, d'avancer et de guérir.

Pourquoi certaines familles n'arrivent-elles pas à voir leurs proches hospitalisés ?

Ce sont des dispositions institutionnelles. Nous sommes en situation pandémique, en situation où il y a des virus beaucoup plus contagieux qui circulent et l'idée est de limiter la contagion. L'hôpital et le secteur Covid-19 sont les endroits où la contagion est à haut risque. Il a fallu limiter et casser la courbe d'infection et de contagion, donc ces mesures ont été mises là pour ça. Il y a beaucoup de services qui ont quand même donné la possibilité aux familles de venir en réanimation, peut-être moins de gens, moins longtemps, mais ils sont venus quand même. Au quotidien, les soignants ont développé des stratégies de communication à travers les téléphones, des suppléments d'informations. On a demandé à des gens débordés d'en faire un petit peu plus et ils l'ont fait de bon cœur.

Olivier Véran a réaffirmé que les visites à l'hôpital étaient autorisées avec des protocoles sanitaires. Qu'en pensez-vous ?

Avec des protocoles sanitaires, oui. Quand vous avez un service de 34 lits et que vous autorisez les visites, vous avez forcément dans la salle d'attente des gens qui se croisent. Donc, on a organisé les choses pour que les gens ne se croisent pas, ne soient pas ensemble dans la salle d'attente. Ces choses ont été organisées depuis le mois de mars. On peut demander aux familles de venir le matin plutôt que l'après-midi, ou vers 20 heures, pour éviter qu'il y ait trop de monde.

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