Covid-19 : les experts de l'OMS présents en Chine "ne peuvent pas accéder à la vérité" sur l'origine de la pandémie, selon un chercheur

Alors que les experts de l’OMS chargés d'enquêter ont visité samedi un hôpital de la ville de Wuhan, berceau présumé de la pandémie dans le centre de la Chine, Antoine Bondaz, spécialiste du pays, estime que l'intérêt du régime est "de mettre en scène le fait que l'équipe de l'OMS se trouve en Chine" pour faire taire les critiques. 

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Radio France
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Peter Ben Embarek et d'autres membres de l'équipe de l'Organisation mondiale de la santé visitent le 31 janvier le marché de gros fermé de Huanan Seafood à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine. (HECTOR RETAMAL / AFP)

Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), enseignant à Sciences Po Paris, spécialiste de la Chine, a expliqué ce dimanche sur franceinfo que les autorités chinoises "imposent aux scientifiques chinois" et ceux "du monde entier, un carcan dans leur recherche" de l'origine de la pandémie de Covid-19. Les experts de l’OMS chargés d'enquêter ont visité samedi un hôpital de la ville de Wuhan, berceau présumé de la pandémie dans le centre de la Chine et ce dimanche le marché aux fruits de mer de la ville. Selon lui, l'intérêt du régime est "de mettre en scène le fait que l'équipe de l'OMS se trouve en Chine" pour faire taire les critiques. Il estime que les experts de l'OMS "ne peuvent pas accéder à la vérité" sur l'origine de la pandémie.

franceinfo : Est-ce que le pouvoir chinois a intérêt à laisser enquêter cette équipe ?

Antoine Bondaz : L'intérêt du pouvoir chinois, c'est de mettre en scène le fait que l'équipe de l'OMS se trouve en Chine et donc écarter les critiques qui laisseraient penser que la Chine n'accepte pas cette enquête ou n'accepte pas tout court le travail des scientifiques. La réalité, elle est évidemment et malheureusement bien différente. Les autorités politiques, depuis des mois, imposent aux scientifiques chinois, pour commencer, et indirectement aux scientifiques du monde entier, un carcan dans leur recherche. L'objectif des autorités chinoises, il est clair, c'est encore une fois de garder un récit national, des éléments de langage, qui se sont déroulés depuis des mois et de ne surtout pas les remettre en cause.

Les experts ont-ils une chance d'accéder à la vérité ?

Non, puisque ce ne sont pas les experts de l'OMS qui peuvent accéder à la vérité. Il faut être extrêmement clair. Ceux qui ont la réponse aujourd'hui, ce sont les scientifiques chinois. Et la question qui est la plus importante, c'est est-ce que les autorités politiques en Chine peuvent laisser les autorités scientifiques faire leur travail et notamment discuter, échanger, mener des recherches avec les experts de l'OMS et plus largement, les experts à l'étranger. Or, ce qu'on voit depuis plusieurs jours, c'est la mise en scène par le pouvoir chinois de cette enquête. Et c'est assez révélateur d'ailleurs qu'aujourd'hui même avant d'aller au marché de Huanan d'où a été identifié le premier foyer épidémique, la première visite ait été dans un entrepôt de surgelés. L'objectif des autorités chinoises, il est extrêmement clair. Et d'ailleurs, la législation et les mesures sanitaires sur ces entrepôts de produits congelés, importés, est devenue beaucoup plus drastique qu'auparavant. Le message est clair, il n'est pas tant de protéger les Chinois que de les convaincre que l'importation de produits congelés est la cause de la pandémie et donc remettre en cause les responsabilités de la Chine.

Un virus venu de l'étranger, c'est le récit officiel de la Chine ?

Cet été, on avait cet argument qui était mis pour la ville de Pékin, puis pour la ville de Shanghaï. Et même aujourd'hui, dans le quotidien Global Times, en Chine, l'argument qui est mis en avant, c'est qu'il y a très certainement eu une contamination par la chaîne du froid et potentiellement au marché de Huanan. Ainsi, cela permet pour les autorités chinoises, entre guillemets, de cocher toutes les cases et de mettre en avant des hypothèses qui, sur le plan scientifique, sont écartées par l'immense majorité de la communauté scientifique.

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