Avec le Covid-19, les chambres mortuaires des hôpitaux sont une nouvelle fois débordées : "Pour le crématorium, c'est vingt jours d'attente"

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L'une des entrées de l'hôpital Bichat, au nord de Paris. (HUGO PASSARELLO LUNA / HANS LUCAS)

Les hôpitaux encaissent la troisième vague du Covid-19 et il n'y a pas que les services de réanimation qui sont saturés : les chambres mortuaires aussi. Exemple à l'hôpital Bichat, à Paris.

Avec cette troisième vague de Covid-19, la chambre mortuaire de l'hôpital Bichat, à Paris, est à nouveau quasiment pleine. Il y a un an, il avait fallu un camion frigorifique sur le parking pour accueillir les corps trop nombreux. Aujourd'hui, Bichat reçoit cinq, voire six patients décédés du Covid-19 chaque jour la chambre mortuaire s'est adaptée, raconte Yannick Tolila-Huet, sa responsable. "On a considérablement agrandi la capacité d'accueil de nos chambres mortuaires, explique-t-elle. On a mis des racks pour pouvoir mettre plusieurs patients en étage. Ils sont comme sur des lits superposés, trois les uns au-dessus des autres. C'est bien plus pratique, même si ça demande des manipulations supplémentaires et du matériel, puisqu'il faut aller les chercher avec un chariot élévateur, quand même, un chariot électrique."

Yannick Tolila-Huet, responsable de la chambre mortuaire de l’hôpital Bichat à Paris. (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO)

Il y a un an, pour éviter la contagion, les conditions étaient drastiques, même inhumaines, selon elle. Interdiction de recevoir les familles, aucun soin, mise en bière immédiate le patient dans une housse fermée glissé directement dans le cercueil. Depuis, les règles ont changé. Même pour des patients décédés encore potentiellement contagieux. "On peut ouvrir la housse parcimonieusement et présenter le visage à la famille proche. On prépare le visage, pour que les yeux soient bien fermés, que la tête soit bien droite, que la bouche soit bien fermée. On ne va pas aller faire du maquillage ni rien, ni de rasage, mais on va faire en sorte que le patient soit le plus présentable possible au niveau du visage."

Et désormais, les patients décédés plus de dix jours après l'apparition des symptômes ou le premier test PCR positif ne sont plus considérés contagieux. "Ces patients-là, on va pouvoir les habiller et les préparer. Ils ont le droit aussi à une toilette rituelle et un soin de conservation et éventuellement."

Un retour presqu'à la normale. À la différence que la charge de travail s'est considérablement accrue. Il y a même embouteillage en aval de la chaîne, du côté des pompes funèbres sur lesquelles il faut "constamment mettre la pression", explique Yannick Tolila-Huet. "En ce moment, pour le crématorium, c'est vingt jours avant de pouvoir inhumer un corps. Des fois, on me dit : 'Non, non, le curé n'est pas libre, on ne peut pas'. J'ai envie de me rouler par terre, je vous jure !"

"Je pense que personne ne se rend vraiment compte de la charge de travail en chambre mortuaire. On va continuer à commander et recommander des camions et des containers qu'on va mettre sur nos parking parce que les corps ne peuvent pas partir ? C'est un truc de dingue !"

Yannick Tolila-Huet

à franceinfo

Enfin, autre changement depuis un an une importante baisse des dons du corps à la science à cause d'une possible contagion. La règle interdit désormais que les corps des patients morts du Covid soient donnés à la science.

Avec le Covid-19, les chambres mortuaires des hôpitaux sont une nouvelle fois débordées - le reportage de Solenne Le Hen
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