Covid-19 en Chine : l'allègement général de la politique zéro Covid "est le signe que Xi Jinping a dû céder", explique une spécialiste

Le ralentissement économique qui découlait de la politique zéro Covid en Chine était "un blocage considérable qui pesait sur la légitimité du parti", analyse Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique.
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Radio France
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Le relâchement sur les règles zéro Covid est palpable à Pékin, le 7 décembre 2022. (HECTOR RETAMAL / AFP)

"C’est le signe que Xi Jinping a dû céder", a expliqué mercredi 7 décembre Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique alors que Pékin va procéder à un allègement général de sa politique zéro Covid alors que depuis plusieurs jours les Chinois exprimaient leur colère contre les restrictions. "Ce qui est très impressionnant, c'est l'absence de contrôles des QR codes", a-t-elle affirmé. Selon ces nouvelles règles, "les personnes infectées asymptomatiques et les cas légers" ne seront plus conduits dans un centre de quarantaine. C'est un changement radical qui est "un pari", selon elle. Le ralentissement de l’économie chinois a aussi joué dans cette décision, explique-t-elle. "C’était vraiment un blocage considérable qui pèse sur la légitimité du parti", dit-elle.

franceinfo : La décision de Pékin vous étonne-t-elle ?

Valérie Niquet : Ce qui est un peu étonnant, c'est l'ampleur que semblent prendre ces décisions.

"Ce qui est très impressionnant, c'est l'absence de contrôles des QR codes rouge, orange ou vert que les gens avaient sur leur téléphone et qui interdisaient d’entrer n'importe où."

Valérie Niquet, spécialiste de l'Asie à la Fondation pour la recherche stratégique

à franceinfo

C’est une levée très importante. La question sera de voir comment les choses seront appliquées en province, dans les petites villes, dans les campagnes où le système de soins est très peu présent. S’il y a une remontée importante, de cas de gens qui sont malades, qui ont besoin d'être hospitalisés, que feront les autorités ? La commission de santé indique que maintenant il faut que les autorités locales sachent prendre des décisions rationnelles au cas par cas. Toute la responsabilité de ce qui va se passer va être mise sur le compte des autorités locales et certaines sont totalement démunies.

Où en est la vaccination en Chine ?

Il n'y a pas plus de vaccination pour le moment, en tout cas. Il faudra des mois pour que la population soit vraiment vaccinée. Il n'y a pas plus de vaccins ARN messager et donc il semble que le pouvoir soit en train de compter sur un Omicron moins dangereux en croisant les doigts pour qu'il n'y ait pas trop de victimes et qu'en dehors des grandes villes, cela ne se voit pas. C’est un peu un pari quand même. Et c'est aussi le signe que Xi Jinping a dû céder.

Justement, qu’est-ce qui a poussé le président chinois à céder ?

Il y a beaucoup de facteurs. Il y a l'économie qui ne va pas du tout, qui ne reprend pas, à part les exportations. Mais surtout, ça touche les gens dans leur vie quotidienne. Énormément de gens ont un statut précaire et s'ils ne peuvent pas librement circuler dans le pays, aller s'employer, ils n'ont rien. Il n'y a pas de système de chômage. Donc la colère sociale est aussi provoquée par ça. Il faut que l'économie reparte. Et il faut surtout que cette fluidité de l'économie chinoise, qui faisait son dynamisme, puisse reprendre. C’était vraiment un blocage considérable qui pèse sur la légitimité du parti. Et puis on ne sait pas ce qui se passe au sommet du Parti communiste. Il est tout à fait possible que devant les manifestations qui accusaient directement Xi Jinping en lui demandant de démissionner et que ses collègues lui aient dit que : "bon, maintenant ça suffit", il va falloir prendre des mesures un peu moins rigides.

Est-ce que cela va suffire pour calmer la colère ?

Si les déplacements reprennent, qu'il n'y a pas reprise massive de la pandémie, surtout qu'il n'y a pas trop de morts ou un peu loin, cela se voit moins. Normalement, les choses devraient aller mieux. Si on reprend le pseudo contrat social à la chinoise, "l’économie va bien, vous vous enrichissez, vous voyagez et vous faites à peu près ce que vous voulez, mais on ne parle pas de politique", je pense que ça peut repartir comme ça. Mais ça veut dire qu'il faudra effectivement que Xi Jinping mette beaucoup d'eau dans son vin.

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