Covid-19 : des étudiants s'estiment "en danger" face aux conditions de déroulement des examens en présentiel

Les premiers partiels de l'année, en présentiel pour la plupart, provoquent la colère des étudiants, qui dénoncent un manque de sécurité sanitaire.

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Des étudiants bloquent le campus de la Sorbonne, protestant contre la tenue des partiels en présentiel en pleine crise sanitaire du coronavirus, à Paris, le 4 janvier 2021. (NOEMIE COISSAC / HANS LUCAS)

"Les esprits ont tendance à s'échauffer car nous ne sommes pas entendus" souffle Clara*, 20 ans, étudiante en troisième année d'histoire à l'université de Lille, à franceinfo. Depuis lundi 4 janvier, les étudiants sont convoqués pour passer les partiels du premier semestre de l'année universitaire. Mais certains constatent que les conditions sanitaires en pleine épidémie de Covid-19 ne sont pas toujours appliquées, notamment dans leurs établissements avant de passer leurs examens.

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Blocus devant la Sorbonne à Paris, hashtags MentalBreakUp ou encore examsdistanciel sur les réseaux sociaux, courriers adressés aux doyens de faculté... Les étudiants tentent depuis la rentrée de se faire entendre durant cette période d'examens, qui doit durer jusqu'au 15 janvier. 

"Nous ne voulons pas l'annulation des partiels"

"Les étudiants sont en danger". Matéo, 25 ans, ne mâche pas ses mots. Cet étudiant en deuxième année de droit à l'université de Rennes 1 se dit "outré" par la situation. "Les conditions sanitaires et les gestes barrières ne sont pas respectés", explique-t-il à franceinfo. L'inquiétude monte parmi les étudiants qui reviennent de vacances, où ils ont retrouvé famille et amis. Difficile, dans ce contexte, de limiter les contacts "14 jours avant la date de l'examen ou du concours" comme le recommande le ministère de l'enseignement supérieur dans sa foire aux questions

Lors de son partiel, jeudi 7 janvier, Matéo a écrit sur sa copie d'examen une lettre à David Alis, le président de l'université Rennes 1, pour "encore une fois" l'alerter sur la situation. Il a constaté, depuis lundi dernier, un manque de distanciation à l'entrée des salles où les étudiants se retrouvent "épaule contre épaule" 

Des étudiants se rendent à l'un de leurs partiels, alors que l'heure de leur convocation est échelonnée, à l'université Rennes 1 (Ille-et-Vilaine), le 7 janvier 2021. (MATEO GOURIOU)

Le président de l'université explique, à franceinfo, avoir mis en place pour les "40 000 convocations" des horaires décalés sur les neuf centres d'examen, afin d'éviter un afflux d'élèves à l'entrée des salles d'examen. Une fois à l'intérieur, Matéo a pu constater que la distanciation physique était tout de même assurée.

Matéo, étudiant, a rédigé sur sa copie un courrier à l'intention du président d'université Rennes 1, afin de l'alerter sur sa situation, le 7 janvier 2021. (MATEO GOURIOU)

Pour Paul*, 18 ans, étudiant en première année d'histoire à la Sorbonne, le protocole sanitaire mis en place est "absurde". "Les étudiants sont obligés d'enlever leur masque à l'entrée de la salle pour le contrôle d'identité et ensuite ils doivent coller avec leur langue le bordereau de confidentialité sur leur copie", détaille le jeune homme. 

Si les étudiants dénoncent des problèmes concernant les mesures sanitaires, pas question pour autant de rater ces examens. 

"Nous ne voulons pas l'annulation des partiels. Mais nous aurions tous préféré qu'ils soient en distanciel ou que nous ayons au moins le choix."

Paul, étudiant à la Sorbonne

à franceinfo

Le ministère de l'Enseignement supérieur a confirmé, fin novembre, que "les examens [pouvaient] être organisés en ligne pour l'ensemble des étudiants ou bien simultanément en présentiel et à distance pour l'ensemble des étudiants ou en présentiel avec session de rattrapage."

Mais cette possibilité est arrivée trop tard, selon Clara. "Les UFR – les administrations par matière – n'ont pas toutes eu le temps d'adapter les conditions d'examen en distanciel."  

Une mobilisation de "plus en plus importante"

Faute de réponse "appropriée" de la part de leur administration, les étudiants se mobilisent. Tous les matins depuis lundi 4 janvier, Paul rassemble ses camarades sur les blocus des campus de "Michelet, Malesherbes et Sorbonne mère". "Dès le premier jour du blocus, Michelet a réussi à obtenir les partiels en distanciel. Cela prouve que des UFR ont la capacité de le faire", souligne-t-il.

Après quatre jours de blocus, les étudiants sont "de plus en plus nombreux" à rejoindre le mouvement, constate l'étudiant. "Nous avons le soutien d'autres universités. Des étudiants de Paris 8 nous ont rejoints", affirme-t-il.  

Durant cette première semaine d'examen et de blocus, les forces de l'ordre ont été mobilisées devant les entrées des campus de la Sorbonne afin de contrôler l'entrée des étudiants convoqués. Cette présence policière a entraîné de "fortes tensions", rapporte Paul. 

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Le journaliste Marc Endeweld a fait également état d'échanges tendus entre les étudiants et la police devant l'entrée de la Sorbonne, jeudi 7 janvier au matin.

Mobilisés, les étudiants en deuxième année de médecine de l'Université de Paris le sont aussi. Entassés dans les couloirs entre les épreuves, "aucun échelonnage n'a été respecté pour la santé des étudiants à l'entrée des salles", rapporte Morgane Gode-Henric, présidente de l'Association nationale des étudiants en médecine de France, l'Anemf, à franceinfo. "Les 842 élèves ont vu leurs épreuves annulées pour cause de tablettes non chargées et de wifi non fonctionnel", déplore-t-elle.

Le doyen de l'UFR de médecine, Philippe Ruszniewski, a dit comprendre "parfaitement la colère des étudiants face aux problèmes techniques rencontrés qui, ajoutés au stress des examens et à celui de la crise sanitaire, font 'déborder le vase'", dans un communiqué adressé à franceinfo.

Pression et manque de considération 

Mais les conditions sanitaires de ces partiels ne sont que la face emmergée de l'iceberg pour Paul, qui dénonce un manque de considération de la part des administrations depuis la rentrée de septembre. "Cette année est très compliquée, note-t-il. Les étudiants fragilisés par la crise sanitaire sont déstabilisés." Même angoisse chez Clara, pour qui cette année est primordiale pour la suite de ses études. "La L3 c'est une année de sélection pour les masters, nous devons avoir un bon dossier si on veut continuer."

Le distanciel demandé par les étudiants pour les partiels complique ainsi la gestion de leurs cours au quotidien. "Nous avons un suivi pédagogique qui est hyper délicat actuellement, décrit Clara. Même si les professeurs font leur possible, les cours à distance sont un stress en plus pour nous."

"Nous recevons des centaines de pages en PDF sans explications de la part du professeur, qui nous rappelle qu'il sera exigeant dans sa notation."

Clara, étudiante à Lille

à franceinfo

"Même si l'université rassure les étudiants sur la notation, rien ne nous garantit qu'ils seront indulgents, souligne-t-elle. J'ai des profs qui ont dit qu'ils noteraient comme d'habitude car ils ont fait leurs cours sur Zoom."

A Rennes, le président de l'université assure avoir pris en compte ce contexte exceptionnel. "J'ai demandé à revoir les modalités de contrôle des connaissances en simplifiant les épreuves mutualisées, avec une plus grande utilisation du distanciel pour les cours et si possible un relâchement de la pression sur les élèves." En attendant, les étudiants entament leur deuxième semaine d'examens et Paul précise : "Nous continuerons à nous mobiliser". Contacté par franceinfo, le ministère de l'Enseignement supérieur n'a pas répondu à nos questions. 

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés.

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