Covid-19 : ce que l'on sait du rapport des services de renseignement américains sur les origines du virus

Ces services, qui comprennent le FBI et la CIA, ne sont toujours pas en mesure d'identifier la source du Sars-CoV-2, et accusent la Chine de retenir des informations importantes pour cette enquête internationale.

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Un extrait de la note déclassifiée des renseignements américains sur l'origine du virus Sars-CoV-2, publiée le 27 août 2021. (NATIONAL INTELLIGENCE COUNCIL / FRANCEINFO)

Le brouillard persiste. Dans un rapport rendu le 24 août à Joe Biden, les services de renseignement américains ont fait état de leurs difficultés à identifier précisément les origines du Covid-19. La Chine, foyer présumé du virus, est notamment pointée du doigt pour son refus de coopérer dans cette enquête internationale. Pistes privilégiées, obstacles, suite des investigations : franceinfo vous résume les principaux enseignements de ce rapport très attendu, dont certains éléments ont été révélés vendredi 27 août.

L'hypothèse d'une "arme biologique" écartée

Très peu de détails ont fuité concernant ce rapport top secret rédigé par le National Intelligence Council (NIC), une organisation qui fédère la communauté du renseignement américain – dont font notamment partie la CIA et le FBI. Dans une note déclassifiée publiée le 27 août (lien en anglais), le NIC déclare toutefois que le nouveau coronavirus "n'a pas été développé en tant qu'arme biologique", et penche plutôt pour l'hypothèse d'une apparition naturelle.

"Le conseil du renseignement estime que [le virus] a probablement émergé et a infecté des humains lors d'une première infection à petite échelle", détaille ainsi le résumé du rapport, qui situe ce foyer initial à Wuhan (Chine) "pas plus tard qu'au mois de novembre 2019". Le NIC déclare aussi que le gouvernement chinois n'avait vraisemblablement "pas connaissance du virus avant l’apparition de l’épidémie initiale de Covid-19". Le conseil juge ainsi "plausible" la piste de la contamination naturelle au contact d'un animal infecté par le virus, ou par un virus "proche à 99% du Sars-CoV-2"

Quid de l'hypothèse d'un virus échappé malencontreusement d'un laboratoire, comme cela a pu être évoqué par des scientifiques ? Cette piste est elle aussi jugée "plausible" par le NIC, qui cite même l'Institut de virologie de Wuhan dans sa note déclassifiée. Le ton du texte reste toutefois prudent : une seule agence membre du conseil penche pour ce scénario, avec un degré de confiance "modéré"

Le rapport souffre de plusieurs contradictions

Si le NIC peine à être affirmatif sur les pistes étudiées, c'est en grande partie parce que les agences de renseignement américaines ont eu accès à des informations bien différentes, et ne travaillent pas de la même manière. Cela pose par exemple problème au sujet de l'hypothèse d'une création du virus par l'homme, que le conseil réfute en majorité, mais que deux agences refusent encore de rejeter, "faute de preuve"

Le NIC disposait de 90 jours pour rédiger ce rapport, a rappelé Joe Biden dans un communiqué publié vendredi (lien en anglais). En réclamant cette enquête, le président américain cherchait notamment à se distinguer de son prédécesseur, Donald Trump, qui avait affirmé en mai 2020 avoir des preuves que le coronavirus est lié à un laboratoire chinois – sans jamais les révéler au public. Une déclaration qui avait fait bondir le gouvernement chinois, compliquant davantage la coopération dans l'enquête sur le virus.

"Nos efforts pour comprendre les origines de cette pandémie ne faibliront pas", a assuré Joe Biden après avoir reçu ce rapport peu concluant. Plusieurs cadres de son administration estiment toutefois que les services de renseignement ne sont pas les mieux équipés pour enquêter sur le virus. Fin juin, la directrice nationale du renseignement américain, Avril Haines, exprimait elle-même de sérieux doutes quant à la capacité à percer un jour ce mystère dans une interview accordée au site Yahoo News (lien en anglais). "La meilleure chose que je puisse faire, c'est de présenter les faits tels que nous les connaissons (...) d'une manière aussi objective que possible", confiait-elle.

La Chine pointée du doigt

Outre les divisions entre ses agences, le NIC justifie sa difficulté à parvenir à des conclusions claires par l'attitude du gouvernement chinois, qu'il accuse de "gêner l'enquête internationale" et "de rejeter la faute sur d'autres pays, y compris les Etats-Unis". Pour le renseignement américain, impossible donc d'en savoir plus sans la coopération de Pékin, pour qui le sujet touche à la fierté nationale.

Le régime de Xi Jinping a notamment refusé, fin juillet, de laisser l'Organisation mondiale de la santé (OMS) poursuivre son enquête sur les premiers cas de Covid-19 dans le pays, après que l'organisation a demandé à auditer des laboratoires chinois. Pour le ministre chinois de la Santé, cette requête constituait alors un "manque de respect pour le bon sens et une arrogance envers la science".

A propos de ces blocages, le renseignement américain estime qu'ils "reflètent, en partie, l’incertitude du gouvernement chinois quant à la direction que pourrait prendre l’enquête et sa frustration de voir la communauté internationale se servir de cette question pour exercer une pression politique sur la Chine".

Une course contre la montre pour retracer l'origine du Sars-CoV-2 

Le rapport peu probant du NIC ne va pas rassurer les experts de l'OMS, pour qui la recherche des origines de la pandémie est "au point mort""La quête des origines du virus Sars-CoV-2 est à un tournant critique", ont pourtant alerté jeudi les scientifiques mandatés par l'organisation, arguant que "la fenêtre de tir pour mener cette enquête cruciale se referme rapidement". 

Pour remonter la piste du virus, les experts traquent en effet les anticorps présents chez des animaux et des personnes potentiellement contaminés avant décembre 2019. Problème : ces anticorps disparaissent avec le temps, et la réticence de la Chine pourrait empêcher toute analyse dans le temps imparti.

Afin de sauver ce qui peut l'être dans cette enquête, le président de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, joue la carte de l'apaisement et insiste sur le fait que des enquêtes sont en cours dans plusieurs pays, et pas seulement en Chine. "Nous avons encouragé les différentes parties à poursuivre ces études", a-t-il déclaré depuis Genève ce mercredi. Pour l'heure, l'OMS s'en tient toujours aux hypothèses listées dans son dernier rapport publié il y a déjà cinq mois, et privilégie la piste d'une transmission du Sars-CoV-2 de la chauve-souris à l'homme, via un animal intermédiaire.

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