Coronavirus : reporter les JO d'un an, une "position de sagesse”, selon Denis Masseglia, le président du CNOSF

Le CIO a annoncé en début d'après-midi que les Jeux olympiques qui devaient se dérouler en juillet à Tokyo étaient reportés au plus tard à l'été 2021.

Denis Masseglia, le président du Comité national olympique et sportif français, le 11 mai 2017 à Paris.
Denis Masseglia, le président du Comité national olympique et sportif français, le 11 mai 2017 à Paris. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"C'est une position de sagesse qui a été prise par le CIO et le gouvernement japonais", a réagi mardi 24 mars sur franceinfo Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), après la décision du CIO de reporter d'un an les Jeux olympiques 2020 prévus à Tokyo en raison de la pandémie de coronavirus. 

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Pour Denis Masseglia, la décision du CIO était "inéluctable". L'hypothèse de les organiser plus tôt laissait une incertitude, "que l'humanité soit totalement sortie de la crise sanitaire à l'automne 2020". Le patron du CNOSF estime par ailleurs que ce report aura des conséquences sur les Championnats du monde d'athlétisme de 2021 et sur l'organisation de Paris-2024.

franceinfo : Comment accueillez-vous cette décision du CIO ?

Denis Masseglia : C'était inéluctable. C'était évident. Le CIO avait communiqué en disant qu'il avait trois scénarios : l'automne 2020, 2021 ou 2022. 2022, cela nous paraissait à tous très loin. 2021 avait l'avantage de ne pas pénaliser la participation d'un certain nombre de sportifs, dont évidemment, les professionnels. Imaginez les basketteurs de la NBA, par exemple. Et puis, il y avait trop d'incertitudes sur l'automne. C'est ça le paramètre le plus important. Comment peut-on imaginer aujourd'hui, avec un peu d'espoir, que l'humanité soit totalement sortie de la crise sanitaire à l'automne 2020 ? Moi j'aimerais évidemment comme tout le monde. Mais vu la gravité de la crise sanitaire, on peut légitimement se poser la question. Et si notre pays en est sorti, je crois qu'on peut l'espérer. On peut penser que d'autres pourraient y rentrer et ne pas encore en être sortis à ce moment-là. Donc c'est une position de sagesse qui a été prise par le CIO et le gouvernement japonais.

Ce report d'un an, quelle conséquence cela a sur les athlètes ?

La Commission des athlètes de haut niveau du CNOSF s'était réunie hier toute l'après-midi. Nous avons évidemment tenu compte des aspirations qu'elle avait émises à l'issue de cette réunion. La première d'entre elles était, garantie absolue de protection de la santé de tous les participants au moment où les Jeux auront lieu. On peut le comprendre, évidemment. La deuxième était que les conditions de préparation soient réunies, à savoir que chaque athlète puisse s'entraîner normalement, ce qui n'est pas le cas actuellement pour les Français et pour un certain nombre d'autres athlètes d'autres pays. Et puis, à partir de là, on se posera toujours le problème pour les uns ou les autres, selon que c'était les derniers Jeux ou que cela s'inscrivait dans une autre stratégie.

Quelles sont les conséquences d'organisation et de coût pour le CNOSF ?

Pour nous, pas forcément. Pour les Japonais, certainement. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il faut saluer, mais vraiment avec immensément de respect, la capacité d'adaptation du Comité d'organisation japonais et du gouvernement japonais. Parce que je mesure la difficulté de prendre une telle décision aussi rapidement. Quand on sait que la France va avoir l'honneur d'organiser les JO en 2024, s'il nous était arrivé la même chose, je pense que pour nous, cela aurait aussi posé beaucoup de problèmes. Sans doute serait-on arrivé à la même conclusion... Mais il n'empêche que l'on doit saluer avec beaucoup de respect et de remerciements, de sympathie, pour ce que les Japonais viennent de réaliser. C'est un vrai tour de force en liaison avec le CIO, bien sûr. Je ne pensais pas, quand même, qu'ils aillent si vite.

Les Championnats du monde d'athlétisme auront lieu aussi en 2021, quelques mois avant, en mars. Qu'est-ce que cela implique pour les athlètes ?

Les Championnats du monde d'athlétisme de 2021 qui sont programmés dans l'Oregon, à Eugène. J'ai lu avec beaucoup d'attention l'article de Sebastien Coe, le président de la Fédération internationale, qui a indiqué qu'il était prêt à les décaler en 2022. Evidemment, l'objectif des Jeux olympiques est supérieur à tous les autres. Et donc, c'est remarquable aussi parce que là, tout le monde sportif est solidaire. C'est remarquable aussi que la fédération du sport olympique numéro un, puisse se positionner ainsi. Et peut-être d'ailleurs que le positionnement de Sebastien Coe a une certaine influence sur la rapidité de la décision.

Quelles conséquences pour l'organisation de Paris-2024 ?

On va dire que de la même manière que l'organisation sportive est reportée d'un an, eh bien l'organisation de la délégation sera reportée. Là où ce sera un peu plus compliqué quand même, c'est comment cela va se passer pour les fédérations. Alors la règle est que toutes les fédérations, olympiques ou pas, doivent renouveler leurs instances tous les quatre ans. Sauf qu'il est aussi inscrit que pour les olympiques, cela se fait à la suite des Jeux olympiques. Et on peut penser qu'il est assez légitime qu'une équipe qui a travaillé pendant quatre ans puisse aller au bout de l'aventure en étant en place au moment des Jeux. Donc, c'est une question qui va être posée pour laquelle nous aurons besoin d'analyse juridique et peut-être à la fin d'un décret. Parce que cela fera aussi partie des exceptions dans lesquelles la France doit se trouver pour nombre de secteurs d'activités. Le sport fera évidemment partie de ces secteurs.