Coronavirus : "La France dépend à près de deux tiers de principes actifs venant notamment de l'Asie", indique le vice-président de Sanofi

Toutefois  Philippe Luscan souligne que Sanofi est le premier producteur européen de médicaments et fabrique en interne. Il assure qu'il n'y a aucun risque de pénurie sur les médicaments comme par exemple le Doliprane, utilisés dans la lutte contre le coronavirus.

Philippe Luscan vice-président des affaires industrielles de Sanofi, le 21 septembre 2018 à Lyon.
Philippe Luscan vice-président des affaires industrielles de Sanofi, le 21 septembre 2018 à Lyon. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

La crise actuelle démontre une certaine dépendance de la France à d'autres pays du monde pour ses médicaments. Elle doit importer des matières premières, "la France dépend à près de deux tiers de principes actifs venant notamment de l'Asie", explique vendredi 17 avril sur franceinfo, Philippe Luscan, vice-président des affaires industrielles de Sanofi. Il ajoute qu'il en est "totalement différemment" pour son entreprise, Sanofi étant l'un des leaders en Europe, la production de l'hydroxychloroquine ou de Doliprane a déjà "doublé" d'après lui.

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franceinfo : Aujourd'hui, la France dépend-elle d'autres pays pour soigner ses patients ?

Philippe Luscan : Oui, c'est exact. Les statistiques montrent que la France dépend à près de deux tiers de principes actifs venant notamment de l'Asie. Mais il en est, pour le groupe Sanofi, totalement différemment : on a une stratégie industrielle atypique qui est historique. Nous sommes le premier producteur européen de médicaments, un des tout premiers leaders de la production pharmaceutique mondiale, dans les trois premiers. Nous fabriquons en interne et nous avons la chance d'avoir en France 18 usines de production de médicaments, 40 en Europe, qui nous permet de fournir l'Europe nous-mêmes avec notre production et notre excellence industrielle. Donc, c'est une chance pour la France et pour l'Europe, même si autour de nous, on voit des stratégies un peu différentes.

Prenons l'exemple du Doliprane, qui est indiqué pour soigner certains symptômes du coronavirus, vous le produisez en France, mais le paracétamol, ce principe actif on l'importe d'Asie ?

Alors, nous nous produisons le Doliprane en France. Nous avons deux belles usines en France, à Lisieux, à Compiègne. Nous avons aussi une usine en Allemagne, nous avons une usine en Pologne et on achète le principe actif à un certain nombre de pays aux États-Unis, en Inde et en Chine. Mais nous avons été capables, grâce à notre production interne essentielle, de monter notre production. On a augmenté de 50% en quelques jours, ce qui permet d'assurer une fourniture sans risque à l'ensemble des patients, notamment de l'Europe.

Est-ce qu'il y a une tension sur ces approvisionnements ? Est-ce qu'il y a des risques de pénurie ?

Non, il n'y a pas du tout. Justement parce qu'on a une chaîne de production extrêmement équilibrée, mondiale. On a différentes sources d'achat de matières premières et donc il n'y a aucune tension en ce qui nous concerne. Vous pouvez être rassuré et rassurer nos auditeurs et auditrices. Nous avons augmenté notre production et nous sommes parfaitement capables d'assurer la demande. C'est la chance d'avoir un groupe comme Sanofi, premier producteur européen. Les Français et Françaises ont tout près d'eux une usine Sanofi. C'est une stratégie volontariste, exceptionnelle. Je pense que c'est un peu l'objet de mon message aujourd'hui : avoir Sanofi, un partenaire français, auprès des patients et des patientes françaises. Et je pense qu'il faut rendre hommage à cette stratégie qui nous permet d'assurer une souveraineté pour des médicaments que nous portons.

Nous produisons 80% de nos médicaments de façon interne, donc l'essentiel de notre production pharmaceutique est interne. Philippe Luscan, vice-président des affaires industrielles de Sanofià franceinfo

C'est pour cela que nous sommes très présents et très présents en Europe et nous considérons que la proximité et la production interne est un facteur clé pour la souveraineté d'un secteur de la santé qui est stratégique. On le voit aujourd'hui.

Êtes-vous capable de produire en quantité suffisante de l'hydroxychloroquine, l'une des pistes de traitement à l'étude en ce moment ?

La réponse est la même : oui, on a la chance, là aussi, de produire en interne depuis de nombreuses années ce médicament en Europe. Dans plusieurs sites qui sont concernés, nous avons augmenté notre production d'ores et déjà, de manière à fournir les besoins qui sont partis en clinique, parce qu'on a des essais cliniques dans les pays en cours. Donc, nous avons augmenté très vite notre production. C'est l'avantage d'avoir cette production en interne. Vous avez en quelques jours la capacité de vous ajuster. C'est notre métier, notre raison d'être. Et c'est pour ça que, dans cette crise, nous sommes heureux de pouvoir contribuer à une certaine sérénité dans la production et la livraison de médicaments. Il faut s'en féliciter. On a doublé notre production de manière à assurer des stocks stratégiques qu'on a déjà doublé. On est capable de monter encore au-dessus en fonction des résultats cliniques, donc grâce à une chaîne de production européenne.