Coronavirus : "Il y a urgence" pour le secteur du BTP qui "vient de vivre 48h chaotiques", alerte Jacques Chanut

Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment, demande un délai de "dix jours" au gouvernement pour que le secteur organise la sécurité de ses travailleurs.

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Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment, le 16 avril 2019 à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

"Il y a urgence" pour le secteur du BTP qui "vient de vivre 48h totalement chaotiques" en raison du coronavirus et des consignes de confinement, a lancé jeudi 19 mars sur franceinfo Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment. "Il y a des signaux très contradictoires puisque, au-delà du chantier lui-même qui pose de vrais questions en termes de protection de nos salariés, on ne sait pas si on peut ou pas travailler", a-t-il souligné. Jacques Chanut réclame donc "dix jours" au gouvernement pour que le secteur s’organise et que les salariés puissent travailler en toute "sécurité". "Quand vous construisez une école ou des bureaux administratifs, je ne suis pas certain qu'il y ait une urgence vitale à ce que dans les dix jours qui viennent ce chantier tourne", a-t-il estimé.

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franceinfo : Vous avez lancé cet appel au gouvernement mardi soir pour suspendre les chantiers pendant dix jours. Avez-vous obtenu une réponse ?

Non. Et pourtant, il y a urgence, parce qu’on vient de vivre 48 heures totalement chaotiques, où nos collègues du BTP ne savent pas, à juste titre, s’ils peuvent ou s’ils doivent travailler. Il y a des signaux très contradictoires puisque, au-delà du chantier lui-même qui pose de vrais questions en termes de protection de nos salariés, on ne sait pas si on peut ou pas travailler. 

Ce que nous n'acceptons pas, ce sont les menaces à peine voilées comme quoi si les chantiers ne redémarrent pas, le chômage technique ne serait pas pris en compte pour nos entreprises.

Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment

à franceinfo

Des menaces de qui ?

Dans tous les départements, j'ai eu des remontées absolument incroyables hier, des Direccte [Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi] ou des préfets qui disent : "Vous devez travailler". Mais il y a deux problèmes. Nos gars ne veulent pas y aller parce qu'ils ont entendu le discours du président de la République : "Restez chez vous !". Et deuxièmement, on a des sujets très techniques et précis dans notre secteur pour éviter le fameux "un mètre" [de distance entre les personnes]. Comment fait-on pour porter des charges lourdes ? Comment fait-on quand on a cinq ou six personnes dans une camionnette pour aller sur un chantier ? Comment fait-on dans les cantonnements ? Et tout ça sans masque...

Selon vous, il est aujourd’hui impossible de travailler en toute sécurité sur les chantiers ?

Je crois qu’il y a des secteurs où il y a une urgence importante parce que c'est de l'humain qui est en jeu. Nous, ça reste des chantiers. Quand vous construisez une école ou des bureaux administratifs, je ne suis pas certain qu'il y ait une urgence vitale à ce que dans les dix jours qui viennent ce chantier tourne. Si on a 15 jours ou un mois de retard, je ne crois pas qu’on soit dans une situation vitale. Par contre, lorsque vous avez un dépannage à faire parce qu'il y a une fuite d'eau ou une chaudière dans une maison de retraite qui tombe en panne, bien évidemment qu’il faut y aller. Mais là, ce sont des micro-interventions, vous n’avez souvent qu'une personne dans une voiture pour aller faire du dépannage.

Vous demandez dix jours pour vous organiser. Mais dix jours pour faire quoi, précisément ?

Pour regarder quels types de procédures on peut mettre en œuvre avec nos salariés pour que ceux-ci puissent se sentir protégés. Mais je crois surtout qu'on a besoin de retrouver de la sérénité, parce que ces 48 dernières heures, avec des déclarations contradictoires entre les différents ministères, nous étions perdus, et nos collègues, à juste titre, ont décidé pour la plupart d'entre eux de fermer boutique. Et en plus, maintenant, ils commencent à avoir un doute sur le fait qu'ils seront indemnisés. Je crois vraiment qu'on a besoin de se poser, de discuter avec tous les acteurs de la filière, avec les administrations, pour savoir comment on peut faire pour protéger nos salariés avant qu'ils aillent travailler sur le chantier et qu'on soit bien tous d'accord sur la démarche. Ce n'est pas dans l'urgence et dans la panique générale qu'on arrivera à faire face. De nombreux maîtres d'ouvrage commencent à le comprendre et nous aident à nous protéger juridiquement. Je pense à la région Rhône-Alpes qui vient d’annoncer qu’elle ferme tous ses chantiers qu’elle considère comme non stratégiques, c'est-à-dire 99%.

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