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Coronavirus et baisse des prix du pétrole : "L'atelier du monde est aujourd'hui à moitié fermé", analyse un spécialiste

Philippe Chalmin, économiste, professeur à l’université Paris-Dauphine, revient mercredi sur franceinfo sur l'effondrement des cours du pétrole brut en un mois.

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Radio France
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Une femme porte un masque dans un centre commercial désert, à Guangzhou, en Chine, le 5 février 2020. (ALEX PLAVEVSKI / EPA)

"Ce n'est pas un hasard si on dit que la Chine est l'atelier du monde : c'est la deuxième économie de la planète. Quand la Chine éternue, c'est l'ensemble du monde qui attrape la grippe", analyse mercredi 5 février sur franceinfo Philippe Chalmin, économiste, professeur à l’université Paris-Dauphine et fondateur du Cercle Cyclope, qui publie chaque année depuis 1986 un rapport annuel sur l'état et les perspectives des marchés mondiaux de matières premières. Les cours du pétrole ont baissé de 20% en un mois. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) se réunit en ce moment à Vienne pour enrayer l'effondrement des cours du brut face à la forte baisse attendue de la demande mondiale.

franceinfo : C'est ce Coronavirus qui rend le prix des carburants plus bas en France ?

Philippe Chalmin : Disons que le coronavirus est la dernière goutte d'eau qui s'ajoute à un certain nombre d'éléments qui étaient négatifs sur le marché. Au lendemain de la mort du général iranien Soleimani, le prix du baril de pétrole était monté au-delà de 70 dollars. Aujourd'hui, nous sommes à 55 dollars... La principale raison, c'est que le marché est largement excédentaire. On estimait déjà avant le coronavirus que l'excédent était d'environ 1 million de barils par jour (sur un marché d'environ 100 millions de barils par jour).

franceinfo : Donc offre excédentaire et une demande désormais plus faible, notamment à cause du coronavirus en Chine ?

Là-dessus se rajoute le coronavirus. La Chine représentait l'année dernière une consommation de 14,5 millions de barils par jour. Ce n'est pas négligeable sur un total de 100 millions. Or il va y avoir une baisse de la consommation en Chine, au moins au premier trimestre. Elle ne sera peut-être pas aussi importante de ce que l'on disait : les plus raisonnables parlaient de 300 à 400 barils de moins par jour, mais certains sont allés jusqu'à évoquer 3 millions de barils par jour ! C'est cela qui a joué probablement, qui a pesé sur les marchés. L'impression des investisseurs s'est retournée et les marchés se sont effondrés.

Ce n'est donc qu'une impression ou bien c'est une réalité ?

Il n'y a pas que le pétrole, toutes les matières premières, dont la Chine est le premier importateur mondial, ont vu leurs prix baisser : le cuivre, le fer, l'huile de palme, le caoutchouc, etc... À la limite, sur le pétrole, la Chine ne joue pas un rôle aussi important que pour d'autres produits. Mais c'est symbolique. Ça va toucher par exemple la demande de kérosène pour les avions. On sait aussi que l'arrêt probable du transport maritime en Chine va bloquer un certain nombre de conteneurs en Chine et donc que la gestion des chaînes logistiques va devenir extrêmement complexe. Ce n'est pas un hasard si on dit que la Chine est "l'atelier du monde". C'est la deuxième économie de la planète, c'est la moitié de la production mondiale d'acier, plus de la moitié de la production mondiale d'aluminium. L'atelier aujourd'hui est à moitié fermé ! Quand la Chine éternue, c'est l'ensemble du monde qui attrape la grippe.

Le carburant un peu moins cher à la pompe, c'est plutôt une bonne nouvelle. Mais de manière générale, à moyen terme, ce n'est pas bon pour l'économie mondiale ?

Non, ce n'est pas bon pour un certain nombre d'entreprises qui travaillent avec la Chine. On a eu la semaine dernière les excellents résultats de LVMH. La France, dont le luxe est une des grandes spécialités, va très certainement souffrir de la baisse de la demande chinoise dans ce domaine. Ça ne devrait pas durer très longtemps, il y aura un rebond et une reprise, mais sur le moment, c'est un grand coup de froid sur l'économie mondiale. le seul avantage, c'est que la baisse du prix des carburants devrait largement se prolonger puisque la chute des prix du pétrole a été particulièrement spectaculaire depuis 4 ou 5 jours.

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