Coronavirus :  "Envoyez-nous un avion, s’il vous plaît" supplie Laurent, coincé au Chili avec une centaine d’autres touristes

Le retraité mulhousien se trouve "dans une zone commerciale industrielle et aéroportuaire" pratiquement à l’arrêt d'où plus aucun vol international ne décolle. Il appelle à l'aide tout en estimant ne pas être "le plus à plaindre".

\"On estime qu\'on est au moins 700 voyageurs européens coincés ici à Santiago, en tout cas au Chili.\", témoigne Laurent, retraité mulhousien.
"On estime qu'on est au moins 700 voyageurs européens coincés ici à Santiago, en tout cas au Chili.", témoigne Laurent, retraité mulhousien. (MARTIN BERNETTI / AFP)

Alors que, selon les derniers chiffres du gouvernement, 160 000 Français ont été rapatriés de plus d’une centaine de pays dès l’annonce du confinement le 17 mars, plusieurs ressortissants de l’Hexagone restent encore bloqués à l’étranger. Comme Laurent, jeune retraité habitant Mulhouse (Haut-Rhin) parti en décembre dernier faire un tour de l’Amérique latine avec sa compagne.

"Envoyez-nous un avion, s’il vous plaît" supplie, mardi 21 avril sur franceinfo, Laurent, toujours coincé au Chili avec une centaine d’autres touristes français et européens depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Bloqué à Santiago, capitale du Chili, le voyageur témoigne de sa situation sur franceinfo. Et lance un appel au Quai d’Orsay.

franceinfo : Avez-vous des nouvelles de l’ambassade de France ?

Laurent : On reçoit en moyenne un email toutes les 48 heures disant "On travaille sur une solution, on ne peut rien vous garantir, on vous informera quand il y aura du nouveau", c’est tout. On a eu des contacts téléphoniques avec le consulat ici à Santiago et systématiquement, on nous confirme et reconfirme qu'on est sur liste d'attente, nous et les autres voyageurs. Mais il n'y a pas d’autre information. On se trouve à trois kilomètres de l'aéroport, dans une zone commerciale industrielle et aéroportuaire qui est pratiquement à l’arrêt, puisqu’il n'y a plus de vols internationaux. On estime qu'on est au moins 700 voyageurs européens coincés ici à Santiago, en tout cas au Chili. La plupart sont à Santiago. Des Espagnols, des Allemands, des Belges, des Suisses, et environ 250 Français.

Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

On n’est certainement pas abattu. C'est bien pour ça qu’on essaie d'avoir des contacts avec les médias, notamment en métropole. Encore une fois, non pas pour être un dans une polémique, ce n'est pas ce qui nous intéresse du tout. On est bien conscient d'une part, que les ambassades et autorités françaises font du travail en arrière-fond. D'autre part, on est aussi extrêmement conscient qu'il y a des gens qui sont dans une situation bien plus terrible. On n'est pas les plus à plaindre, mais ce qu'on souhaite, c'est attirer l'attention du Quai d'Orsay sur le fait qu'on se trouve dans le seul pays d’Amérique du Sud d’où plus aucun vol de rapatriement n’a été organisé au cours des trois dernières semaines. Au Chili, tous les vols commerciaux sont totalement interrompus. On a des vols qui partent encore aujourd'hui de Buenos Aires, de Lima et de Colombie. Le Chili, lui, est rayé de la carte.

Comment parvenez-vous à survivre financièrement ?

C'est nous qui payons, et avons choisi de prendre un hôtel budget, parce qu’on ne savait pas combien de temps ça allait durer. Ça nous coûte 80 € par jour. Mais le vrai problème, c'est qu'on n'a aucune perspective. Combien de temps ça va durer ? Si on en avait pour encore une semaine ou deux, on pourrait s’organiser. Pour les autres voyageurs que l’on côtoie, ce n’est pas facile. On connaît de jeunes Français qui sont partis à l'aventure en démissionnant de leur travail en France et qui sont arrivés ici il y a 15 jours, trois semaines pour certains d'entre eux. Il y a aussi des familles qui sont ici aussi avec des enfants, qui ont entre 4 et 15 ans. Et pour ces gens là, financièrement parlant, ça ne va pas être tenable très longtemps.

Avez-vous également des inquiétudes sanitaires, comme celle d’être contaminé par le Covid-19 à Santiago ?

Oui, c'est vrai. Même si on est dans une zone où l’on n’est pas vraiment en contact avec beaucoup de gens, que l’on ne s’expose pas en ne se rendant pas dans les marchés locaux par exemple. Sur Santiago, environ 5 000 cas ont été répertoriés, ce qui est énorme. On a constaté une progression fulgurante au cours des quatre dernières semaines. Mais là-bas, le confinement n’est pas obligatoire, sauf pour quelques communes. Les Chiliens se baladent et vivent leur vie à peu près normalement au quotidien.

Quel appel souhaitez-vous lancer auprès des autorités françaises ?

On peut partir dans l'heure à tout moment. Mais envoyez nous un avion, s’il vous plaît. C'est de ça dont on a besoin.