Coronavirus Covid-19 : ce que l'on sait de la quarantaine du "Diamond Princess", paquebot bloqué au large du Japon

Sur les 3 711 personnes initialement à bord de ce navire de croisière, 285 ont été infectées par le Covid-19. Parmi elles, beaucoup de personnes âgées, dont certaines ont été évacuées avant la fin officielle de la quarantaine, prévue le 19 février. 

Le Diamond Princess au large de Yokohama, au Japon, le 13 févier 2020.
Le Diamond Princess au large de Yokohama, au Japon, le 13 févier 2020. (KAZUHIRO NOGI / AFP)

Le nombre de contaminations ne cesse d'augmenter. Le ministre japonais de la Santé a annoncé, samedi 15 février, que 67 nouveaux cas de coronavirus avaient été détectés après de nouvelles analyses à bord du Diamond Princess. Ce sont désormais 285 passagers et membres d'équipage du paquebot en quarantaine au large du Japon depuis le 3 février, qui sont infectés par le Covid-19 sur les 3 711 personnes qui se trouvaient initialement à bord. Il existe un 286e cas puisqu'un officier de quarantaine, arrivé sur le paquebot après le début de l'isolement, a également été infecté.

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Les autorités japonaises ont commencé vendredi à évacuer des personnes âgées à la santé fragile et non contaminées par le virus. Les autorités américaines ont également annoncé samedi l'envoi d'un avion charter au Japon pour rapatrier les passagers originaires des Etats-Unis. Pour les autres, la fin officielle de la quarantaine est fixée au 19 février. Ce huis-clos est-il efficace ? Peut-il être prolongé ? A quoi ressemble la vie à bord ? Franceinfo répond à huit questions sur cette situation exceptionnelle.

Pourquoi ce bateau est-il en quarantaine ?

Le Diamond Princess est placé en quarantaine depuis le 3 février, car l'un de ses passagers, âgé de 80 ans, a été testé positif après son débarquement à Hong Kong, fin janvier. Ce navire de croisière de luxe, construit en 2002 et qui compte 750 cabines et cinq piscines, avait déjà été contraint à l'isolement à Naha, sur l'île méridionale japonaise d'Okinawa. Mais cette mesure de confinement a été de nouveau mise en place au large de la baie de Yokohama, après la découverte du coronavirus chez l'octogénaire.

Y a-t-il des Français à bord ? 

Quatre Français se trouvaient sur le Diamond Princess. "D'après les informations dont nous disposons à ce stade, trois Français se trouvent à bord parmi les passagers, un quatrième Français est présent parmi les membres d'équipage", a précisé la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, lundi 10 février. L'un d'entre eux a été testé positif au coronavirus Covid-19. "Nous avons appris ce soir qu'un passager français avait été pris en charge par les médecins japonais", a déclaré le numéro 2 du ministère de la Santé, Jérôme Salomon, jeudi 13 février, lors d'une conférence de presse. "Nous n'avons pas encore plus de détails."

Selon les informations de RTL, il s'agit d'un homme âgé de 80 ans. "Mon mari a été emmené dans un hôpital dont j'ignore l'adresse, a confié sa femme à la radio. Le point positif, c'est qu'il n'a aucun symptôme. Les médecins ont expliqué qu'ils allaient approfondir les examens pour confirmer le diagnostic, nous leur faisons confiance."

C'est triste, car malgré toutes les précautions que nous avons prises pendant 11 jours confinés dans notre cabine, le virus est arrivé à nous. C'est ce que je craignais.L'épouse du Français maladeau micro de RTL

Et de lancer un appel aux autorités françaises : "Comment vont-elles nous prendre en charge ? Cela prend une tournure dramatique." Samedi 15 janvier, la ministre de la Santé a déclaré que la France n'avait "pas de nouvelle précise concernant le Français hospitalisé actuellement au Japon". "Nous essayons d'en avoir, a-t-elle poursuivi, je pense qu'elles [les autorités japonaises] sont très occupées par le caractère médical d'isolement de ces cas qui sont tous des étrangers. Nous n'avons pas de nouvelles récentes."

Comment vont les personnes malades ?

Plusieurs personnes contaminées ont été évacuées ou hospitalisées depuis le début de la quarantaine. Mais peu d'infos ont fuité sur leur état de santé. Jeudi, le ministre de la Santé japonais, Katsunobu Kato, a annoncé que dix personnes hospitalisées provenant du bateau se trouvaient dans un état grave, en soins intensifs ou sous assistance respiratoire.

A quoi ressemble la vie à bord ?

Ce huis clos imposé est de plus en plus angoissant pour les passagers, même si l'équipage fait tout pour tenter de les distraire, comme en témoignent plusieurs personnes sur les réseaux sociaux. Comme le signale L'Obs, une mère de famille remercie ainsi les "généreux donateurs" qui ont fait livrer jeu de Uno, sachets de perles et fils de scoubidou à la porte de la cabine qu'elle, son mari et leurs deux enfants occupent 24h/24.

Les passagers ont interdiction de quitter leur cabine et se font livrer leur repas. Leur seul contact avec le monde extérieur est internet. "Depuis qu'on est placés en quarantaine, on ne peut pas quitter nos cabines, c'est compliqué de discuter avec les autres passagers", explique à franceinfo Kent Brasure, un Américain à bord. "On a créé un groupe WhatsApp pour communiquer", précise-t-il. 

"On fait un peu de sport dans notre cabine, on bouge, on fait des exercices, on essaie de se dépenser physiquement. On lit, on partage beaucoup, surtout via Messenger avec notre famille en Nouvelle-Calédonie qui est très présente, avec nos enfants. (...) On ne peut pas se jeter par-dessus le balcon. Il faut faire face. On tient le coup", témoigne également pour franceinfo une Française à bord. 

Même si "c'est très dur d'être en quarantaine", elle assure que le capitaine "gère son bateau comme un vrai père de famille". Pour la Saint-Valentin, vendredi 14 février, des avocats "façon Cupidon" et du vin rouge ont été servis au dîner. Arborant une tenue de soirée rouge et un attache-cheveux assortis en forme de rose, la responsable des soirées à bord, Natalie, a publié une vidéo sur Twitter pour remonter le moral des troupes.

L'épidémie force aussi des passagers à devoir se quitter brutalement. En pleine lune de miel, Kent Frasure a ainsi assisté avec impuissance à l'évacuation de sa compagne Rebecca, placée depuis à l'isolement dans un hôpital japonais après avoir contracté le virus.

La quarantaine est-elle efficace ? 

Selon les autorités japonaises, cette quarantaine vise autant à protéger et à rassurer la population du pays qu'à limiter la propagation du coronavirus Covid-19 à bord. Mais des doutes ont commencé à poindre sur l'efficacité de ce dispositif, le nombre de nouveaux cas d'infection à bord ne cessant d'augmenter. D'autant que le gouvernement japonais a expliqué qu'il n'avait pas assez de tests de diagnostic disponibles pour dépister tout le monde à bord dans l'immédiat. En dix jours, seulement 20% des personnes à bord ont subi ces tests – soit un peu plus de 700 personnes. Les autorités espèrent pouvoir passer à 1 000 personnes par jour d'ici au 18 février, à la veille de la fin prévue de la quarantaine.

Les autorités nippones ont recours à une technique de diagnostic infectieux appelée "PCR" (pour réaction en chaîne par polymérase). Cette méthode de biologie moléculaire très courante permet d'obtenir par amplification in vitro d'importantes quantités d'un fragment d'ADN à partir d'un petit échantillon de fluide nasal ou buccal. Bien que considérée comme rapide et efficace, cette méthode nécessite néanmoins de quatre à six heures pour livrer ses résultats. Par ailleurs, les experts n'ont pas encore déterminé avec précision à quel moment de son cycle de vie le Covid-19 devient détectable. Le dépistage peut être ainsi difficile sur des personnes ne présentant pas encore de symptômes, tout en pouvant déjà être contagieuses.

Comme l'indique LCI, une question inquiète les passagers : le virus peut-il se propager à travers les conduits d'aération de la climatisation ? "On est dans des milieux confinés avec la climatisation. On a les sinus qui brûlent, on a la gorge desséchée", souligne une Française à bord.

Qui sont les personnes évacuées ? 

La plupart des passagers de la croisière ont plus de 60 ans – et plus de 90 ans pour certains – et les conditions de la quarantaine, avec le confinement dans des cabines, risquent de dégrader la santé des plus fragiles d'entre eux, indépendamment de l'épidémie de coronavirus. Les autorités japonaises ont ainsi indiqué que ces personnes à haut risque dont les tests sont négatifs pourront quitter le bateau avant la fin de la période de quarantaine prévue le 19 février.

"Il y a des personnes très âgées qui ont des facteurs sanitaires pré-existants et certains passagers occupent des cabines sans fenêtre", a souligné le ministre de la Santé japonais lors d'une conférence de presse. Ces passagers pourront être hébergés dans des bâtiments mis spécialement à leur disposition au Japon. Les premiers d'entre eux ont quitté le Diamond Princess en montant aussitôt dans des bus aux rideaux fermés. Les conducteurs étaient équipés des pieds à la tête d'une tenue de protection avec masque et lunettes, a constaté un journaliste de l'AFP vendredi. 

Par ailleurs, les Etats-Unis ont prévu d'évacuer des Américains se trouvant à bord du navire a annoncé samedi l'ambassade des Etats-Unis dans une lettre adressée aux ressortissants américains présents à bord, dont on ignore le nombre. Un avion devrait être envoyé dimanche. Sa date de retour n'est en revanche pas encore connue. Il devrait atterrir en Californie. Les personnes évacuées devront respecter une quarantaine supplémentaire de 14 jours à leur arrivée aux Etats-Unis. "Les passagers seront examinés pour détecter d'éventuels symptômes et nous travaillons avec nos partenaires japonais pour nous assurer que tout passager présentant des symptômes recevra les soins nécessaires au Japon s'il n'est pas en état de prendre l'avion", précise la lettre. "Si vous choisissez de ne pas monter à bord de cet avion, il ne vous sera pas possible de retourner aux Etats-Unis pendant un certain temps", poursuit le message.

La quarantaine va-t-elle être prolongée ?

La durée de la quarantaine risque effectivement d'être étendue au-delà du 19 février, étant donné le nombre croissant d'infections dépistées à bord. Mais selon l'Organisation mondiale de la santé, la quarantaine ne sera prolongée que pour les personnes ayant eu des contacts proches avec les derniers cas positifs identifiés à cette date. Ces personnes-là devront rester isolées pendant quatorze jours supplémentaires, à compter du jour de leur dernier contact avec un cas positif confirmé.