Coronavirus : comment le consortium d'industriels français s'organise pour produire 10 000 respirateurs d'ici mai

Les groupes Air Liquide, PSA, Schneider Electric et Valeo planchent depuis une dizaine de jours sur la manière d'augmenter la production de ces appareils médicaux. Ce travail va bientôt porter ses fruits avec la mise sur le marché de nombreuses unités.

Un appareil de respiration artificielle, le 25 mars 2020 dans une clinique de Brive (Corrèze). 
Un appareil de respiration artificielle, le 25 mars 2020 dans une clinique de Brive (Corrèze).  (MAXPPP)

La France a besoin de respirateurs pour aider les patients à combattre le Covid-19. Face à l'urgence, plusieurs industriels du pays ont constitué un consortium visant à produire davantage de ces équipements nécessaires pour accompagner les patients les plus gravement atteints.

Cette alliance est composée du groupe Air Liquide, qui produit déjà ces respirateurs via sa branche Medical Systems, de PSA, Schneider Electric et Valeo. L'objectif est de produire 10 000 respirateurs d'ici 50 jours mais plusieurs centaines d'unités devraient déjà sortir des lignes de production courant avril.

>> "On ne compte pas les heures, les équipes sont mobilisées six jours sur sept", assure Air Liquide

Des tâches réparties entre industriels

"En temps normal, on produit une centaine de respirateurs de réanimation par mois", explique Diana Schillag, vice-présidente d'Air Liquide Activités Santé Monde. Les capacités de production ont déjà augmenté depuis le début de la crise, mais le défi constitué par ce nouvel objectif est immense, puisqu'il s'agit de multiplier par trois la production de respirateurs de la gamme T60 (1 500 unités) et par 70 les équipements de la gamme Osiris (8 500 unités). L'assemblage final et les contrôles seront réalisés sur le site industriel du groupe situé à Antony (Hauts-de-Seine).

"Ce n'est pas notre métier, mais nous avons l'expertise des productions en grande série", explique le constructeur PSA à franceinfo. Un atelier d'assemblage doit être créé la semaine prochaine sur le site de Poissy (Yvelines), afin de produire les blocs centraux du système, mais d'autres équipes sont également déployées au sein du consortium et dans les locaux d'Air Liquide.

Le spécialiste des équipements électriques Schneider Electric va notamment fournir du matériel pour adapter les lignes de production, tandis que Valeo va prendre en charge "la gestion des fournisseurs et de l'approvisionnement des pièces nécessaires". L'équipementier automobile compte également mobiliser des ingénieurs spécialisés dans la production industrielle à grande échelle. Ces machines possèdent plus de 300 composants qui dépendent de plus de 100 fournisseurs. Au-delà des grands groupes déjà cités, des PME françaises et européennes sont donc également mobilisées sur le projet.

Une montée en puissance de la production au fil des semaines

La question des respirateurs est cruciale car ces appareils médicaux permettent de ventiler les poumons des patients en insuffisance respiratoire. Chaque unité pourrait d'ailleurs sauver entre 3 et 10 vies, estime Schneider Electric. "Pour le moment, on a un ventilateur ou un respirateur en face de chaque lit de réanimation, de chaque lit qu'on a transformé en réanimation, expliquait mercredi dernier le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière. On a un peu de flou, on ne sait pas exactement où en est ce nombre." 

La France veut atteindre une capacité d'environ 14 000 lits en réanimation sur le territoire national pour faire face à l'afflux de malades, contre 5 000 lits avant la crise. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a donc adressé une demande aux industriels le 22 mars dernier. Il a d'abord fallu constituer un groupe d'une trentaine d'experts afin de mettre en musique cette hausse de production et la coopération entre les différents acteurs. Maintenant que le projet est sur les rails, le consortium espère produire rapidement plusieurs centaines de respirateurs par semaine et même un millier à partir de la mi-avril.

Des équipes impliquées six jours sur sept

Bien entendu, cet objectif nécessite une mobilisation des effectifs. "C'est un travail manuel et donc nous avons mobilisé, grâce à ce consortium, au total 240 opérateurs supplémentaires", explique Air Liquide. Parmi eux, 55 personnes travailleront sur le site de PSA à Poissy pour faire un pré-assemblage et 185 opérateurs seront chez Air Liquide Medical Systems, à Antony. Près de 100 collaborateurs de Schneider Electric se sont déjà portés volontaires pour occuper des postes d'opérateurs et plus de 50 salariés de PSA se sont manifestés pour rejoindre l'atelier spécifique de Poissy. Plusieurs dizaines d'ingénieurs de Valeo sont sur le pont.

"Les équipes sont mobilisées six jours sur sept. C'est un vrai défi humain, en plus d'être un défi industriel", poursuit Diana Schillag. Une fois disponibles, ils seront vendus mais "à prix coûtant", explique également Diana Schillag. "Ça veut dire que tous ces frais supplémentaires, les investissements supplémentaires, l'engagement de toute cette équipe d'experts sur les respirateurs, mais aussi de nos partenaires, tout cela, tous ces coûts exceptionnels seront mis à disposition gratuitement."

D'autres industriels mobilisés

Par ailleurs, les groupes Renault, Michelin et ST Microelectronics ont rejoint le projet "Makers for life", monté à Nantes (Loire-Atlantique) avec le Commissariat à l'énergie atomique (CEA), dont l'objectif est de produire des respirateurs d'urgence par impression 3D. Cette technologie est déjà utilisée par le constructeur automobile pour fabriquer des "masques visières" en plastique transparent, explique le quotidien Les Echos. L'objectif est de fabriquer 500 unités aussi vite que possible.