Coronavirus : après la réanimation, "un état d'anxiété qui peut s’inscrire dans un syndrome de stress post-traumatique"

La sortie de réanimation n'est malheureusement pas la fin de l'épreuve pour les patients gravement atteints par le coronavirus. Les muscles et le cerveau ont subi des séquelles, réversibles avec de la rééducation. Les services de santé s'organisent pour assurer la réadaptation.

En sortie de réanimation, les patients sont épuisés et plus ils sont restés longtemps immobilisés, plus leurs muscles ont fondu. 
En sortie de réanimation, les patients sont épuisés et plus ils sont restés longtemps immobilisés, plus leurs muscles ont fondu.  (MARCO BERTORELLO / AFP)

En France, près de 6 900 personnes atteintes du coronavirus sont hospitalisées dans des services de réanimation. Il commence à y avoir plus de sorties que d’admissions, mais pour les patients qui quittent ces services de soins intensifs, le parcours médical est loin d’être terminé. Il peut encore durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

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Réapprendre à avaler, à parler

Le passage en réanimation est très éprouvant, les patients gravement atteints souffrent d’une inflammation brutale des poumons. Mais la mise sous respiration artificielle entraîne elle-même, un risque d’infection. "Les voies respiratoires ne sont plus protégées. On met un tube qui communique potentiellement avec l’extérieur, des microbes peuvent contaminer les voies respiratoires, explique le professeur Bruno Crestani, chef de service de pneumologie à l’hôpital Bichat, à Paris, vice-président de la Fondation du Souffle. Il y a également une stagnation de bactéries locales qui peuvent inséminer les voies respiratoires. L’infection est vraiment la complication n°1 quand on fait de la ventilation invasive."

Tous les patients qui sortent de réanimation vont avoir besoin de plusieurs mois pour récupérer toutes leurs capacités respiratoires, neurologiques, musculaires.Bruno Crestani, chef de service pneumologie à l'hôpital Bichat

En sortie de réanimation, les patients sont épuisés et plus ils sont restés longtemps immobilisés, plus leurs muscles ont fondu. "Quand on parle de force musculaire ce ne sont pas seulement les jambes, c’est aussi la capacité à avaler, à parler. Il y a aussi toute cette rééducation à mettre en place, insiste le professeur Bruno Crestani. On va avoir besoin de beaucoup de centres de rééducation respiratoire dans les mois qui viennent". 

Syndrome de stress post-traumatique

Ce qui va nécessiter le plus de prise en charge, ce sont les atteintes neurocognitives, prévient le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur à la Pitié-Salpêtrière. Des séquelles réversibles, à condition de faire de la rééducation : "le cerveau ne fonctionne pas bien donc on a des troubles du langage, des troubles de la concentration et un état de stress et d'anxiété qui peut s'inscrire dans un syndrome de stress post-traumatique, décrit le médecin."Cela demande une prise en charge multi-disciplinaire avec des kinésithérapeutes, des psychologues, des psychiatres, des neurologues pour être sûr qu'il n'y ait pas de séquelle au long cours de ces pathologies." Les services sont donc en pleine réorganisation pour pouvoir assurer durablement ces soins de suite et de réadaptation.