"La population américaine, en majorité, ne fait pas confiance à Donald Trump pour gérer le Covid" estime la chercheuse Marie-Cécile Naves

Malgré un changement dans sa stratégie de communication pour lutter contre le coronavirus, Donald Trump reste critiqué par une partie de la population américaine pour sa gestion de la crise. A cent jours de l'élection présidentielle, son électorat pourrait être influencé par ses prises de décision estime Marie-Cécile Naves, directrice de recherches à l'IRIS. 

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Marie-Cécile Naves, politologue et spécialiste des Etats-Unis, invitée le 22 mai 2017 sur Franceinfo. (FRANCEINFO)

A 100 jours de la présidentielle américaine, Donald Trump, a pris du retard, selon les sondages, dans la course à la Maison Blanche notamment en raison de la pandémie de coronavirus. Le président américain a pourtant récemment changé de stratégie dans sa communication sur le sujet, puisque "le fait de se moquer des démocrates qui prônent le masque et la stratégie du déni ou de minimisation de la crise ne sont absolument pas payants", a déclaré la directrice de recherches de l'IRIS Marie-Cécile Naves dimanche 26 juillet sur franceinfo.

franceinfo : Donald Trump est en retard dans la course à la Maison Blanche. Avait-il toutes les chances de l'emporter sans le Covid ? 

Marie-Cécile Naves : C'est sûr que ses chances étaient, à ce stade en tout cas, plus fortes qu'elles ne le sont dans l'état actuel des choses, notamment parce que l'économie marchait bien. C'était un atout sur lequel il comptait beaucoup. Et aussi parce que la population américaine, en majorité, ne fait pas confiance à Trump pour gérer le Covid, et en particulier certains pans de la population qui seront très importants le 3 novembre prochain, jour de l'élection : les séniors, les gens de plus de 65 ans qui sont plutôt des républicains modérés ou des électeurs indépendants et dont on sait qu'ils se déplacent en masse dans les bureaux de vote ou en tout cas qu'ils votent beaucoup. Parce que, sans doute, le vote par correspondance va s'étendre cette année. Donc, c'est un électorat qui est très, très important pour Trump, plus que les jeunes, par exemple, qui votent moins.

Vous le disiez, l'électorat ne fait pas confiance à Donald Trump pour gérer le Covid. Pourtant, depuis quelques jours, le président américain a changé son fusil d'épaule. On l'a vu avec un masque. Il a dit "ça va empirer avant, finalement d'aller mieux". Il tente le tout pour le tout avec cette manœuvre ?

Il voit que le fait de dénigrer les démocrates et de se moquer des démocrates qui prônent le masque et la stratégie du déni ou de minimisation de la crise ne sont absolument pas payants, en particulier auprès de certaines populations dont il a absolument besoin pour gagner. Mais c'est intéressant parce qu'il est toujours obsédé par le fait de ne pas apparaître comme un président faible. Et après avoir dit très longtemps que le masque est la distanciation physique, le confinement, c'était envoyé à la faiblesse.

Maintenant, il retourne la stratégie de communication en faisant un acte de patriotisme, de force. Il y a une iconographie guerrière dans le port du masque.

Marie-Cécile Naves

à franceinfo

Il y a une image notamment, où il marche les sourcils froncés avec ses conseillers et chacun porte un masque noir, on a une impression d'une iconographie guerrière combative. Et puis, toujours, cette stratégie d'accuser l'étranger, notamment la Chine, d'avoir importé un virus. Il parle de "China's virus", de "kung-flue". C'est la stratégie identitaire, sécuritaire et guerrière qui est recyclée avec l'invitation à porter le masque.

En tout cas, vu de France, Joe Biden a l'air totalement inexistant. Pour le moment, il gère son avance et il attend que Donald Trump continue d'enchaîner les boulettes ?

Et pour l'instant, ça se passe bien pour lui. Effectivement, avec une campagne qui nous apparaît un peu timide, peu grandiloquente, mais qui est là quand même. Il est présent. Il fait des rencontres avec des leaders locaux. Il a rencontré beaucoup la communauté afro-américaine après le meurtre de George Floyd. Il fait des meetings en ligne et il rencontre les acteurs locaux, les médias.

C'est une campagne qui nous apparaît plus discrète, plus timide effectivement, que Trump, qui va sur Fox News, qui tweete beaucoup, qui utilise aussi les points presse Covid mais qui est privé de meeting. Et pour lui, c'est vraiment compliqué parce que c'est en meeting qu'il peut donner tout son savoir-faire de show man.

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