Coronavirus : pour l'épidémiologiste Antoine Flahault, on doit "craindre" une nouvelle vague à l’approche de l’hiver

L'épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l'université de Genève estime sur franceinfo que le confinement généralisé "doit être une arme de dernier recours".

Un homme désinfecte les rues de Santiago, la capitale du Chili, le 7 juillet 2020.
Un homme désinfecte les rues de Santiago, la capitale du Chili, le 7 juillet 2020. (MARTIN BERNETTI / AFP)

Faut-il se préparer à un reconfinement dès cet été en France ? Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l'université de Genève, a estimé mardi 7 juillet sur franceinfo qu’il fallait "craindre" une recrudescence de l’épidémie de coronavirus à l’approche de l’hiver. Mais selon lui, le confinement généralisé "doit être une arme de dernier recours".

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Antoine Flahault a estimé que "la question n'est pas de savoir si on peut craindre [une nouvelle vague], c’est de craindre, de se dire qu'elle peut arriver et qu'il faut tout faire pour se préparer de la meilleure façon possible pour finalement éviter un nouveau confinement le plus longtemps possible."

franceinfo : la poussée de l'épidémie en Australie est-elle à mettre au compte de l'hiver qui commence dans l’hémisphère sud ?

Antoine Flahault : Oui, très probablement. On assiste dans tout l'hémisphère sud aujourd'hui à des poussées très fortes d'épidémies dans les zones tempérées, que ce soit en Afrique du Sud, en Argentine ou au Chili. L’Australie et la Nouvelle-Zélande étaient épargnées jusqu'à présent. La Nouvelle- Zélande étant vraiment, par ailleurs, au milieu de l'océan Pacifique. L’Australie a plus de difficultés à lutter contre cet assaut de l'hiver. Et ce sera d'ailleurs très intéressant pour les pays d'Europe de l’Ouest. Nous pourrons voir jusqu’où, jusqu'à quel point, de quelle façon, avec quelle méthode l'Australie, qui a un niveau de vie assez proche du nôtre, va pouvoir résister à cet assaut de l’hiver.

Doit-on craindre pareille recrudescence en Europe et notamment en France ?

Si vous me permettez, je pense que ce n’est presque pas la bonne question. Personne ne peut prédire aujourd'hui l’avenir. Et donc, finalement, la question n'est pas de savoir si on peut craindre, c’est de craindre, de se dire qu'elle peut arriver et qu'il faut tout faire pour se préparer de la meilleure façon possible pour finalement éviter un nouveau confinement le plus longtemps possible.

Il faut considérer que ça va arriver.Antoine Flahault, épidémiologisteà franceinfo

C’est ce que font les Australiens : ils ne confinent pas, ils mettent des cordons sanitaires aujourd'hui autour de foyers dans lesquels il faut un confinement très localisé. Et puis, si ça n'arrive pas, on s'en réjouira tous.

Faut-il penser à un nouveau confinement ?

Je pense qu’il ne faut pas avoir de dogme. Il faut se dire que tous les outils seront utiles, peut-être, pour lutter contre une vague, mais il faut juste se rappeler pourquoi nous avions confiné. On avait juste confiné, non pas pour supprimer la vague épidémique ou même pas pour l'empêcher d’arriver, on avait confiné pour éviter l'engorgement de nos hôpitaux et de nos services de réanimation. Ce qu'on ne veut pas, c'est que l'on ne puisse pas traiter les gens de façon la plus optimale possible. Et pour cela, il faut que le système de santé soit sous une tension raisonnable. A Genève nous faisons des prévisions à huit jours. A huit jours, si on s'aperçoit qu'il y a un risque important d’engorgement, alors, il faudra sonner la sonnette d'alarme et peut-être recourir à ce moyen ultime qu'est le confinement généralisé. Mais il est tellement douloureux et tellement impactant sur la vie sociale et sur la vie économique que ça doit être une arme de dernier recours. On a vu qu'il y a des pays qui ont réussi à éviter le confinement, comme les démocraties d’Asie qui sont très proches de la Chine et qui n'ont pas eu la première vague et qui avaient tout pour l’avoir. Taïwan, Hong Kong ont réussi a véritablement empêcher l'arrivée de ce tsunami. Donc, on peut s'inspirer de leur modèle pour essayer de l'appliquer désormais en Europe.

L'Organisation mondiale de la santé dit que le pic n'est pas atteint et que la situation s'aggrave. Est-ce que cela vous surprend ?

L’OMS a raison de montrer que des tendances épidémiques sont encore en phase croissante aujourd'hui avec des épidémies très rapides, des vagues très fortes, en particulier dans l'hémisphère sud. Également en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Arabie saoudite, en Iran. Un certain nombre de pays connaissent une situation difficile aujourd'hui qui n'est pas derrière. Ces pays-là sont vraiment aujourd'hui en grande difficulté, en grande tension dans leur système de santé. Ces pays sont souvent à un moindre niveau de revenus que les autres en Europe de l'Ouest. L’OMS a raison d'être extrêmement inquiète. Mais il faudra montrer beaucoup de solidarité pour ces pays qui vivent aujourd'hui ce que nous avons vécu cet hiver dans nos systèmes de santé, beaucoup plus élaborés et beaucoup plus perfectionnés.