"Ce sont les grands oubliés du confinement" : le plus ancien bénévole des Restos du cœur "révolté" par le sort des étudiants

François Barillot, qui travaille pour les Restos du coeur depuis 1985, alerte sur la détresse psychologique de certains étudiants depuis le début de la pandémie. 

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Radio France
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Une distribution des Restos du coeur à Angers en novembre 2020.  (JOSSELIN CLAIR / MAXPPP)

"Les étudiants ont été les grands oubliés du confinement", estime lundi 23 novembre sur franceinfo François Barillot, considéré comme le plus ancien bénévole des Restos du cœur, alors que débute la 36e campagne d'hiver de l'association créée par Coluche en 1985. Le responsable des structures d'urgences des Restos du cœur dans la Loire-Atlantique, tire la sonnette d'alarme : "Je suis tombé sur des étudiants qui étaient dans un état psychologique assez dégradé, loin de leurs familles, sans rien à manger (…) Il faudrait peut-être s'intéresser à leur sort, c'est quand même l'avenir du pays."

franceinfo : Vous souvenez-vous du jour où vous êtes entré aux Restos du cœur ?

François Barillot : Oui, je m'en souviens très bien : Gennevilliers, en 1985, une sorte de chapiteau de cirque qui prenait l'eau par l'arrière. J'avais téléphoné, je m'étais dit : 'je vais aller aider'. A cette époque-là, l'appel des Restos, c'était comme un big-bang dans le secteur caritatif. Les grandes associations que l'on connaissait étaient un petit peu austères : le Secours populaire d'un côté, le Secours catholique de l'autre, Emmaüs… Et là, Coluche nous a littéralement tendu la main. Et il tendait la main à chaque Français.

A ce moment-là, vous vous dites que ça va durer un ou deux ans ?

Exactement. J'avais 23 ans, et à 23 ans, on n'imagine pas s'engager comme ça dans l'action caritative. Je me suis dit : on va faire un hiver, ça va être sympa. Et à la fin de l'hiver, j'ai eu envie de continuer. Depuis, l'association a énormément changé, elle a beaucoup évolué, mais elle a gardé son esprit d'origine, heureusement. Et on l'a vu pendant le confinement, on a revécu 1985, c'était très rassurant, avec les mêmes choses qui se sont produites, les jeunes qui sont arrivés massivement pour nous aider… Donc, l'esprit est toujours le même.

Votre regard sur la pauvreté a-t-il changé ? Est-ce qu'on s'habitue à ce qu'on voit ?

Non, on ne peut pas s'habituer. Et puis, la révolte, elle revient toujours. Pendant le confinement, j'ai reçu un coup de fil, on m'a dit : il faut que tu ailles dans les cités universitaires, ça ne va pas du tout. Et je suis tombé sur des étudiants qui étaient dans un état psychologique assez dégradé, loin de leurs familles, sans rien à manger. Une configuration si exceptionnelle que je n'aurais jamais imaginé revoir, avec des gens qu'il fallait aider d'urgence. Et c'était des jeunes. Et là, oui, forcément, on se révolte encore parce que les étudiants ont été les grands oubliés du confinement. Il faudrait peut-être s'intéresser à leur sort, c'est quand même l'avenir du pays. Et aux Restos, en ce moment, à Nantes, on en aide plus de 500 tous les jours.

On se souvient du slogan des Restos à l'époque : "Un peu de pain et un peu de chaleur." Comment on les réconforte ces personnes qui viennent chercher de quoi remplir leur réfrigérateur ?

On leur dit que ça ne va pas durer, que c'est un mauvais passage et qu'ils vont pouvoir repartir. Et ils nous croient. Beaucoup repartent d'ailleurs d'une année sur l'autre. En principe, on ne voit pas les mêmes personnes. Là, j'ai des doutes… Je ne sais pas ce que le confinement va provoquer sur le long terme. Mais je sais qu'on pourra les aider. C'est la seule certitude que j'aie à l'heure actuelle.

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