Confinement : la "liberté de créer et d'innover" a permis à 90% des directeurs d'école à Paris de "répondre aux besoins", selon une étude

70% se disent prêts à mener une "expérimentation officielle" de ce qu'ils ont mis en place. Autre effet positif de la crise : un "regain de liens" entre l'école et les parents.

Bureau d\'une directrice d\'école (illustration).
Bureau d'une directrice d'école (illustration). (LIONEL VADAM / MAXPPP)

La "liberté de créer et d'innover" a permis à 90% des directeurs d'école à Paris de "répondre aux besoins des élèves et des enseignants" pendant le confinement, explique le chercheur Georges Fotinos, ancien chargé d'inspection générale à l'Éducation nationale, qui publie vendredi 19 juin avec le psychiatre José Mario Horenstein une enquête sur le moral des directeurs d'école à Paris. Cette étude, réalisée à la demande de la banque mutualiste des enseignants et de la fonction publique Casden et révélée par Le Parisien, a été menée du 28 mai au 11 juin auprès de l'ensemble des écoles de Paris. Près de la moitié des directeurs d'école y a répondu (46,5%).

Les directeurs interrogés "ont imaginé et répondu à des situations qui n'existaient pas et ils s'en sont très bien tirés", souligne Georges Fotinos. "Il y a quelque chose de nouveau qui est sorti" de cette crise "et il ne faut surtout pas que ça retombe", estime-t-il. Le chercheur met toutefois en garde sur le niveau d'anxiété "important" des professionnels. "Avec ces fragilités psychologiques, c'est aussi la stabilité de l'école qui est en jeu."

franceinfo : Le premier constat de votre enquête, c'est cette forte anxiété des directeurs d'école ?

Georges Fotinos : Oui, la moitié des directeurs d'école ont une anxiété importante. Mais ce qu'il faut dire, c'est que ça s'ajoute à un mal-être qui préexistait. Cela s'est accentué. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'avec ces fragilités psychologiques, c'est aussi la stabilité de l'école qui est en jeu. Je crois qu'il faut faire très attention à la rentrée de lundi parce que cette tension peut se manifester et avoir des conséquences sur l'école.

Le confinement a-t-il eu, malgré tout, des effets positifs ?

Oui, c'est l'une des grandes révélations de cette enquête. Il y a deux effets positifs. Le premier, c'est dans la relation entre les parents, les enseignants et les inspecteurs. Il ne faut pas oublier que la situation antérieure était très dégradée entre les parents et les enseignants. Et là, on note vraiment un regain de liens, un regain de coopération entre ces différents acteurs. Et ça, c'est très important. Et l'autre effet, que j'ai découvert au travers de cette enquête, c'est que les directeurs d'école ont profité de ce moment pour innover. Je vous résume la question que j'ai faite à ce sujet : "Au cours de cette période, avez-vous trouvé des réponses aux besoins des élèves et des enseignants dans la liberté de créer et d'innover ?". 90% des directeurs ont répondu "très souvent", "souvent" ou "parfois". Ils ont imaginé et répondu à des situations qui n'existaient pas et ils s'en sont très bien tirés.

C'est donc la preuve qu'on est capables de se réinventer même en situation de crise ?

Oui et il faut faire attention que ça ne retombe pas. C'est un acquis qu'on retrouve également quand on pose la question : "Est-ce que cela a modifié votre conception de l'organisation pédagogique de l'école ?" 75% ont répondu "oui, peut-être". Autre question posée : "Seriez-vous prêt à faire une expérimentation officielle de ce que vous avez fait ?" 70% sont d'accord. Donc là, il y a quelque chose de nouveau qui est sorti et il ne faut surtout pas que ça retombe.