"Ça devient de plus en plus compliqué, on sent la tension monter" : le confinement fragilise encore la situation des sans-abri

Le confinement et ses conséquences économiques fragilisent encore davantage les sans-abri. franceinfo a suivi une maraude à Lyon.

Une femme passe devant la tente d\'un sans-abri à Paris, le 16 avril 2020.
Une femme passe devant la tente d'un sans-abri à Paris, le 16 avril 2020. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Les six semaines de confinement ont fait des victimes discrètes mais désespérées : les sans-abri, qui n'ont jamais été aussi désargentés. Faute de passants dans les rues, la manche ne rapporte quasiment plus rien. L'aide alimentaire, parfois gastronomique, des associations leur permet de tenir, comme à Lyon.

Pour Aurélien et Sylvain, à qui les maraudeurs viennent de proposer "un petit yaourt", cette fois c'est vraiment la dèche. "Ça devient de plus en plus compliqué, expliquent-ils. On sent la tension monter. On espère que la fin du confinement arrive, que les commerces pourront ouvrir, on espère l'impossible en vrai. Financièrement, c'est difficile pour tout ce qui est hygiène, produits de toilette, pour se laver. On se débrouille toujours. On essaie de voir avec les amis s'ils peuvent nous inviter chez eux. Tout le monde ne peut pas, mais bon."

Je connais la rue depuis 15 ans. C'est la première fois que je vis une période aussi compliquée que celle-ci.Aurélien, sans-abrià franceinfo

Les sans-abri sont solidaires, mais parfois les rapports dégénèrent, se désolent les bénévoles de l'association Donner la main, don de soi"Il y a deux SDF qui se sont battus pour 30 centimes ! raconte Fatia. Parce qu'avant, il y avait des magasins ouverts donc ils se mettaient devant le magasin. Aujourd'hui, les SDF se battent entre eux pour subvenir à leurs besoins." Son collègue Dominique renchérit : "Au lieu d'avoir 20 euros par jour, ils vont avoir 5 euros, et encore. On a aussi des bénéficiaires qui ont un appartement, mais qui descendent pour nous demander si on peut leur donner à manger, si on peut leur donner quelque chose. On n'est pas habitué à voir cette population-là", se désole-t-il.

"Ils sont bien nourris et c'est tant mieux pour eux"

Le président de l'association Jean-Marc Roffat regrette le manque de générosité des passants : "Le peu de personnes qui donnent encore dans la manche continuent à donner des pièces jaunes. Or, on a tous fait des économies sur cette période de confinement. Alors arrêtons de donner des pièces jaunes, on peut le faire à une autre fondation bien connue".

Donnons de grosses pièces ou quelques petits billets aux sans-abri, ils en ont besoin en ce moment.Jean-Marc Roffat, association "Donner la main, don de soi"

Et ils ont faim. Alors pour eux, le restaurateur Samuel Dedieu mitonne des produits fermiers. "On est quand même à Lyon !", rappelle Jean-Marc Roffat, "j'ai des contacts à Paris qui sont un peu jaloux parce qu'ils me disent 'mais ils mangent super bien tes amis à la rue à Lyon !' C'est mijoté et c'est des produits de la Confédération paysanne, donc c'est bon. Ils sont bien nourris et c'est tant mieux pour eux. Parce que n'oublions pas que ce sont les oubliés du confinement", insiste-t-il. L'association craint que l'hiver prochain, des artisans et des auto-entrepreneurs ruinés ne viennent à leur tour frapper à sa porte.

A Lyon, le quotidien encore plus difficile des sans-abri : écoutez le reportage de Christophe Vincent
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