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Au Rwanda, des mesures radicales contre le coronavirus au risque d'une dérive autoritaire

Ce pays d'Afrique centrale ne compte aucun mort du Covid-19, sans doute parce qu’il a fait preuve d’efficacité et de créativité.

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Des cercles au sol pour faire respecter les distances entre les personnes qui attendent le bus, à Kigali le 4 mai 2020
Des cercles au sol pour faire respecter les distances entre les personnes qui attendent le bus, à Kigali le 4 mai 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)

C’est ce qui permet à ce pays de 12 millions d’habitants, grand comme une région française, de retrouver une vie presque normale depuis le lundi 4 mai. Le Rwanda ne compte plus à cette date que 133 personnes malades et aucun décès depuis l’apparition des premiers cas dans le pays, il y a près de deux mois.

Le Rwanda a su faire preuve d’innovation, par exemple en initiant la construction locale de ventilateurs pour les hôpitaux. Ça revient sept fois moins cher que d’en importer. Le premier a été produit le 20 avril. L’objectif est désormais d’en produire dix par semaine. De la même manière, la livraison de médicaments par drones a été développée. Elle existait déjà mais elle s’est accentuée, pour pouvoir toucher les patients qui sont dans les zones les plus difficiles d’accès : livraison de tests virologiques, et aussi de médicaments anticancéreux ou antipaludéens. Il suffit de passer commande par l’application WhatsApp. Et cela permet donc de limiter les déplacements de population.

Pour les attestations dérogatoires de circulation, des laissez-passer sont générés sur téléphone portable (un peu comme en France): le Rwanda est, depuis plusieurs années, l’un des pays africains les plus avancés sur l’utilisation des technologies numériques. Et dans une tout autre gamme d’innovation, signalons que tous les ministres du gouvernement se sont privés de salaire le mois dernier, en solidarité avec les victimes.  

Un confinement radical

Et c'est ainsi que la sortie du confinement a pu être initiée lundi 4 mai : les déplacements en journée sont à nouveau librement autorisés, à condition de rester dans la même région. Quasiment tous les commerces, à l’exception des bars, ont pu rouvrir. Les marchés ont repris, avec 50% des commerçants. Le sport est à nouveau autorisé, et les obsèques sont autorisées dans la limite de 30 personnes présentes. Seules les écoles, les églises et les gymnases restent fermés.

Cette maîtrise de l’épidémie a été rendue possible aussi parce que le confinement a été drastique. Le Rwanda a été, le 22 mars, l’un des deux premiers pays africains, avec l’île Maurice, à arrêter toute activité. Et le dépistage des cas a été minutieux : tests rapides, hospitalisation de toute personne contaminée (symptomatique ou pas), et identification de tous les proches et tous les contacts de chaque malade. Le port du masque a été rendu obligatoire, même s’il s’agit rarement de masques médicaux, chirurgicaux ou FFP2. Bref, un dispositif radical qui semble avoir porté ses fruits.  

Censure, arrestations et soupçons de viols

Mais il y a un revers à la médaille, c’est la répression : un rapport de Human Rights Watch rendu public le 24 avril évoque arrestations arbitraires, répression contre les médias en particulier les blogueurs, soupçon de viols sur plusieurs femmes. La police et l’armée rwandaises sont accusées d’avoir profité de l’état d’exception pour se livrer à plusieurs exactions. La situation de la presse est particulièrement inquiétante. Le Rwanda, avant même la pandémie, était déjà l’un des champions du monde de la censure, seulement 155e dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières. Cela s’est encore dégradé sous couvert de lutte contre la pandémie.      

Des cercles au sol pour faire respecter les distances entre les personnes qui attendent le bus, à Kigali le 4 mai 2020
Des cercles au sol pour faire respecter les distances entre les personnes qui attendent le bus, à Kigali le 4 mai 2020 (SIMON WOHLFAHRT / AFP)