Aide de 200 euros aux jeunes précaires : "C'est un premier pas, mais qui n'est pas suffisant", selon Antoine Dulin, membre du Cese

Antoine Dulin, membre du Conseil économique, social et environnemental, regrette que l'annonce du Premier ministre envers les jeunes précaires soit si tardive.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des jeunes bénéficient d'un déjeuner à 1 euro grâce à l'aide d'une association étudiante, à Strasbourg en mars 2013. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Édouard Philippe a annoncé, devant le Sénat lundi 4 mai, une aide spécifique de 200 euros pour 800 000 jeunes et étudiants en difficulté pendant le confinement. Antoine Dulin, membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) et président de la commission "insertion des jeunes" estime sur franceinfo que c'est "un premier pas, mais qui n'est pas suffisant".

franceinfo : Cette somme de 200 euros versée à 800 000 jeunes de moins de 25 ans, est-ce que cette mesure était nécessaire et même urgente ?

Antoine Dulin : Elle était effectivement nécessaire et urgente. C'est un premier pas. Cela fait un mois, depuis les premières annonces sur la solidarité pour les familles et les bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active), qu'un certain nombre d'organisations de jeunesse et de jeunes se sont mobilisées pour dire qu'il manquait tout un pan de bénéficiaires pour les aides. C'est-à-dire les jeunes de 18 à 25 ans, les étudiants ou les jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation, qui ne touchent pas le RSA parce que notre système de protection sociale ne permet d'obtenir le RSA qu'à partir de 25 ans. Ils étaient donc complètement oubliés des mesures de solidarité. Le Premier ministre a effectivement annoncé une aide, mais avec pas mal de retard. Il a fallu quand même un mois de négociations pour avoir une aide qui ne sera versée que dans un mois, en juin. C'est un premier pas, mais qui n'est pas suffisant.

Pourquoi ce n'est pas suffisant, selon vous ?

Il faut voir que cette aide est versée en partie à des étudiants qui ont perdu soit une rémunération liée à leur stage parce que le stage s'est arrêté, soit une rémunération liée à des petits boulots. Une rémunération en stage sur un mois, c'est autour de 450 euros à 500 euros par mois. Là, on va verser en une seule fois 200 euros aux jeunes, alors qu'ils ont perdu un certain nombre de revenus. Pour les autres jeunes qui ne sont pas étudiants, et notamment qui sont en très grande précarité, cette aide va être versée via les APL, donc les allocations logement. Mais elle va exclure tous les jeunes qui sont à la rue, qui sont hébergés chez des tiers, dans des centres d'hébergement d'urgence ou chez leurs parents. Et notamment chez des familles modestes et précaires pour qui il y a une charge supplémentaire d'avoir un enfant âgé de 18 à 25 ans. Ces familles elles-mêmes ne bénéficient pas d'aides pour les aider. Donc, on voit bien que cette aide ne sera pas suffisante puisque cette crise a stoppé l'économie de la débrouille : les CDD, l'intérim, les petits jobs, voire l'économie informelle et même la mendicité pour les jeunes à la rue. Ces jeunes se sont retrouvés tout d'un coup sans rien et ne bénéficient pas du tout d'aides sociales. Donc, ça va être un petit plus versé trois mois après la crise, mais on attend du gouvernement de meilleures annonces et notamment plus ciblées vers des jeunes qui sont en très grande précarité.

Est ce qu'il n'y a pas une difficulté à repérer les jeunes les plus en difficulté et à cibler correctement ces aides pour qu'elles aillent vraiment à celles et ceux qui sont dans le besoin ?

Oui, c'est tout le problème de notre système de protection sociale. De fait, depuis 30 ans, on exclut les 18-25 ans en précarité du système de protection sociale, en ne leur permettant pas d'accéder au RSA. Or, on voit bien qu'en les excluant, on a une difficulté pour les repérer et pour les mobiliser. Sauf qu'aujourd'hui, on pourrait faire confiance à des associations, aux missions locales qui sont présentes sur le territoire, aux centres communaux d'action sociale (CCAS), aux conseils départementaux qui connaissent ces jeunes. Tous pourraient verser une aide directe à ces jeunes sans passer forcément par les allocations logement. C'est une bonne chose de passer par le tuyau des allocations logement, parce que ça va permettre de toucher 415 000 jeunes directement qui touchent les allocations logement. Mais c'est sûr qu'on va laisser de côté ces jeunes qui sont à la rue et qui aujourd'hui n'ont pas de logement ou la possibilité d'en avoir. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.