Complément d'enquête, France 2

VIDEO. Quand les complications des patients "rapportent de l’argent" à l’hôpital

Des escarres qui "rapportent" ? Avec la tarification à l'activité, le système de financement généralisé pour les hôpitaux, les plaies causées par un alitement prolongé peuvent devenir rentables pour un établissement. Explications dans cet extrait d'un document de "Complément d'enquête" à voir le 24 octobre 2019.

COMPLEMENT D'ENQUETE / FRANCE 2

Avec la crise des services d’urgences, en grève depuis six mois partout dans le pays, impossible d'ignorer que l’hôpital public va mal. En cause, le manque de moyens, d'effectifs... et aussi un mode de financement décrié, mis en place en 2004 : la tarification à l'activité. Un extrait de "Complément d'enquête" donne un exemple particulièrement parlant de ses dérives.

Joseph, un patient âgé, est alité depuis cinq semaines dans l'attente d'une place en rééducation après un AVC. Heureusement pour lui, le service des urgences cardio-vasculaires de la Pitié-Salpêtrière est l'un des rares à disposer de matelas anti-escarres. Un équipement onéreux, qui sert à masser les patients pour leur éviter des plaies causées par un alitement prolongé. Mais les deux médecins qui ont confié leurs difficultés à "Complément d'enquête" le confirment : "Les escarres, ça 'rapporte'." Oui, ces plaies peuvent être rentables pour l'hôpital.

"On a l'impression que toutes les complications, c'est bingo pour l'hôpital"

Avec la T2A, la tarification à l'activité généralisée par la loi Bachelot, l'hôpital dispose uniquement de l'argent que les patients lui rapportent. Dans le cas de Joseph, pour une journée d'hospitalisation, l'hôpital reçoit de la Sécurité sociale la somme de 1 264 euros par jour. Si Joseph avait des escarres, l'hôpital recevrait quelques centaines d'euros quotidiens supplémentaires, pour une pathologie qui demande peu de moyens et de personnel. Soigner des escarres est donc un acte qui devient rentable... "On a l'impression que toutes les complications, c'est bingo pour l'hôpital", résume Sophie Crozier, la neurologue qui dirige le service. 

"Pourquoi est-on entré dans ce système totalement absurde, ce qui avait été anticipé depuis le début ?" s'étonne-t-elle. Selon elle, "la tarification à l'activité a été une course à la réalisation d'actes parfois totalement inutiles, inadaptés pour les patients. Tout ça dans le seul but de faire fonctionner l'hôpital et le rendre rentable... Ça, ce n'est pas possible ! Nous, on ne peut pas l'intégrer. Ce qui est compliqué, c'est comment eux peuvent l'intégrer... Je ne comprends pas. Voilà, on va dire que je ne comprends pas".

Extrait de "Danger à l’hôpital : quand les médecins balancent", un "Document de Complément d'enquête" à voir le 24 octobre 2019.

Quand les complications des patients rapportent de l’argent à l’hôpital 
Quand les complications des patients rapportent de l’argent à l’hôpital  (COMPLÉMENT D'ENQUÊTE/FRANCE 2)