Mission "flash" sur les urgences : "Ces recommandations sont affligeantes et mettent la population en danger" estime l'urgentiste Christophe Prudhomme

"Les mesures qui sont proposées par le rapport Braun, c'est du bricolage", regrette sur franceinfo le porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France. 

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Le service des urgences du CHP Saint-Grégoire, près de Rennes, le 2 juin 2022. (VINCENT MICHEL / MAXPPP)

"Ces recommandations sont affligeantes et mettent la population en danger", a affirmé jeudi 30 juin sur franceinfo le docteur Christophe Prudhomme, urgentiste au Samu 93, porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et délégué national CGT Santé, alors que le projet de rapport de la "mission flash" sur les soins non programmés a été remis jeudi à Matignon. Le Dr François Braun a fait part de 41 propositions pour surmonter un été "à haut risque" dans les services d'urgences. Selon lui, le docteur Braun, auteur des propositions, est "un relais politique de monsieur Macron". Christophe Prudhomme appelle notamment à "stopper l'hémorragie de démissions à l'hôpital". Et il plaide pour "un débat en urgence à l'Assemblée nationale sur l'avenir de notre système de santé."

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franceinfo : Est-ce que les recommandations de la mission Braun vont dans le bon sens ?

Dr Christophe Prudhomme : Ces recommandations sont affligeantes et mettent la population en danger. Avoir un service d'urgence à 30 minutes de chez soi, ouvert 24 heures sur 24, 365 jours par an, ce n'est pas une option. C'est une nécessité absolue pour assurer la sécurité de la population. Il y a déjà des morts et il va y avoir des morts.

"La population est mise en danger par ce rapport."

porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France

à franceinfo

Monsieur Braun, ce n'est plus un médecin. C'est un relais politique de monsieur Macron. On a gagné du temps. On a passé les législatives. Il a pondu un rapport avec des propositions de gestionnaires de lits. Cela n'a rien de nouveau. C'est une invention de madame Bachelot quand elle était ministre de la Santé et cela s'est avéré complétement inefficace depuis 10 ans. On n'a pas besoin de gestionnaires de lits. On a besoin de lits ouverts. On est dans une impasse. Et cela concerne aussi les maternités. Il y a des maternités qui vont fermer cet été. La femme qui pensait accoucher à 10 km de chez elle, on risque de lui dire, la maternité est fermée, il faut aller à 50 km. Et elle risque d'accoucher sur la route. C'est cela la réalité. C'est catastrophique.

Que faut-il faire pour répondre à l'urgence de cet été ?

Il faut stopper l'hémorragie de démissions à l'hôpital. Parce que les personnels n'ayant aucun espoir d'amélioration de leurs conditions de travail et de leur rémunération quittent massivement l'hôpital. Nous étions déjà en déficit de personnel. Mais là, on assiste à ce qu'on appelle la grande démission, tout personnel confondu. Il faut remettre à plat le système. En Allemagne et en Autriche, tous les médecins participent à ce qu'on appelle la permanence des soins. Ils prennent des gardes. Si on avait demandé à l'ensemble des médecins de faire un effort – qu'ils soient soit généralistes, spécialistes en ville, qu'ils travaillent en clinique, à l'hôpital – de faire des gardes de nuit, de week-ends et jours fériés, on aurait pu trouver une solution. Là, la solution c'est : il n'y a pas de médecin, on ferme. Et pire que tout. Imaginez que dans les véhicules du Samu, vous n'aurez plus de médecin, vous aurez une infirmière. Tout retard à la prise en charge d'un patient, c'est ce qu'on appelle pudiquement une perte de chance par défaut de moyens. Ce sont des morts évitables.

Comment éviter ces démissions de soignants ?

Il faut arrêter d'être dans le déni sur la réalité de la situation. On continue à nous proposer des restructurations d'hôpitaux avec des fermetures de lits alors qu'on manque de lits. Le Ségur de la santé devait soi-disant tout résoudre. Mais malgré l'augmentation de 183 euros, qui est une prime, les infirmières françaises gagnent toujours moins en parité de pouvoir d'achat que leurs collègues mexicaines. C'est ça la réalité. Rien n'a été fait depuis trois ans. Quand en 2019 il y avait une crise dans les urgences, nous demandions un plan de formation et d'embauches massives à l'hôpital.

"Beaucoup de services sont fermés parce qu'ils manquent de personnel soignant. Il faut remettre à plat l'organisation du système. Là, on ne change rien au système."

Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France

à franceinfo

On continue à ne pas réguler l'installation des médecins, on continue à les rémunérer à l'acte, on continue à avoir des hôpitaux ou il y a des services de spécialités qui ne correspondent plus aux malades. Il va bien falloir, à un moment donné, arrêter de bricoler. Les mesures qui sont proposées par le rapport Braun, c'est du bricolage. Les conséquences, c'est qu'à la rentrée on aura encore des démissions. Et l'hiver prochain sera pire que cet été. C'est une question politique. Je demande un débat en urgence à l'Assemblée nationale sur l'avenir de notre système de santé. Est-ce que le système de santé relève du service public ? Ou est-ce qu'on continue à bricoler avec du public, du privé ? Si on veut aller vers un système à l'américaine, que monsieur Macron nous le disent. Mais le système à l'américaine, ce sont des inégalités massives avec des conséquences pour la population qui sont catastrophiques.

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