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Les lits d’hôpitaux fermés "noient la réalité" d'une crise "majeure" de recrutement, selon un membre du Collectif Inter-Hôpitaux

Le nombre de lits d'hôpitaux fermés diffère selon les calculs du ministère de la Santé, de la Fédération hospitalière de France ou encore du Conseil scientifique. Mais pour le neurologue François Salachas, ces chiffres cachent la réalité d'une crise de recrutement. Il a réclamé ce jeudi sur franceinfo qu'il passe "à la main des services". 

Article rédigé par franceinfo
Radio France
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Hôpital de Montreuil, en Seine-Saint-Denis (illustration), le 1er avril 2021.  (BERTRAND GUAY / AFP)

En octobre 2021, 2% de lits supplémentaires étaient fermés dans les hôpitaux publics et privés par rapport à 2019, selon une enquête du ministère de la Santé. De son côté, la Fédération Hospitalière de France évoque un nombre de 6% et le Conseil scientifique, lui, en compte 20% mais uniquement dans le public. Une guerre des chiffres qui "noie la vraie réalité", selon François Salachas. Le neurologue à La Pitié-Salpêtrière et membre du Collectif Inter-Hôpitaux a en effet dénoncé sur franceinfo jeudi 16 décembre une crise "majeure du recrutement" à l’hôpital, et a demandé à ce que les "services" puissent s'en charger, à la place des directions.

franceinfo : Les chiffres sur le nombre de lits d'hôpitaux fermés correspondent-ils à la réalité du terrain ?

François SalachasNon, mais je pense que c'est vraiment une entreprise de communication. En fait, ces chiffres noient la vraie réalité. Quel est l'intérêt, dans le cadre d'une crise sanitaire comme celle du Covid, et alors que des tas de déprogrammations sont en route, d'intégrer le privé dans le compte des lits fermés ? Ça n'a pas de sens vis-à-vis de l'offre de soins, parce que c’est de ça dont il s’agit. Est-ce que l'offre de soins est extrêmement dégradée actuellement à l'hôpital public ? Oui. Est-ce qu'il y a des pertes de chances ? Oui. Est-ce que les médecins, en particulier à l'AP-HP, en sont conscients ? Oui. Et j'en veux pour preuve la lettre au président de la République, qui est parue il y a une quinzaine de jours et qui a été signée par 67% des universitaires de l'AP-HP et une grosse majorité de praticiens hospitaliers. En clair, tout le monde a fait le constat qu'il faut des mesures d'urgence, qui soient effectives dans le mois qui vient, pour lutter contre la crise de recrutement qui est majeure. Les chiffres des départs sont impressionnants. Quant à la question de savoir si les directions hospitalières ont intérêt à minorer ou à majorer les chiffres, je pense que c'est clair pour tout le monde : elles ont intérêt à les minorer.

Comment faudrait-il repenser le système de recrutement à l’hôpital ?

Ce que l'on a en tête, c'est d'obtenir des mesures d'urgence qui feraient en sorte que, finalement, le recrutement soit à la main des services. Quand je dis des services, ça veut dire chef de service, cadre infirmier, cadre supérieur infirmier. Et que ce soit eux qui définissent les fiches de poste, la charge de travail, c'est-à-dire les ratios par rapport au personnel, par rapport aux lits ouverts et qui définissent aussi les horaires. Parce que ce qui est clair c’est qu’on a dégoûté toute une génération de soignants de continuer à travailler à l'hôpital public. C'est un constat d'une faillite de gestion des ressources à l'hôpital public. En d'autres termes, ce n'est plus aux directions de soins infirmiers, aux directions hospitalières, de décider qui on embauche et où on met le personnel. Il faut que ce soit fait au niveau des services. Pour une raison très simple, c’est que les personnels soignants n'ont plus confiance du tout dans les institutions. Et là, il y a urgence.

Les mesures prises par le Ségur de la santé, notamment les revalorisations salariales, n'ont-elles pas permis d’enrayer ce phénomène ?

Tout le monde fait ce constat. Je pense que même Olivier Véran pourrait le faire. On en est au quatrième Ségur. Et c'est bizarre, parce qu'à chaque fois, chaque plan ne fonctionne pas. Posons-nous les bonnes questions. Quelles vont être les mesures opérationnelles pour retrouver des personnels à l'hôpital public ? Et cet avis est très partagé par toute la communauté médicale et paramédicale des hôpitaux.

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