"Il m'arrivait parfois de travailler 100 heures par semaine" : un interne sur deux travaille au-delà des horaires réglementaires selon une étude

Alors qu'ils ne doivent pas travailler plus de 48 heures par semaine, les internes en médecine enchainent de trop longues journées selon une étude. Un emploi du temps trop lourd au détriment de la formation. 

Des médecins à l\'hôpital Hôtel-Dieu à Paris, en mai 2013. (Illustration). 
Des médecins à l'hôpital Hôtel-Dieu à Paris, en mai 2013. (Illustration).  (FRED DUFOUR / AFP)

Jusqu'à 80 heures par semaine. Dans les hôpitaux, un interne de médecine générale sur deux travaille au-delà des horaires réglementaires selon une étude menée auprès de plus de 1 000 internes et rendue publique vendredi 15 février lors du 20e congrès national pour les internes de médecine générale. Certains effectuent même jusqu'à 80 heures par semaine. La loi est pourtant claire, 48 heures maximum par semaine, mais elle n'est quasiment jamais respectée. 

Changement de spécialité à cause des horaires 

Felipe Plass, a commencé son internat par la chirurgie. "Il m'arrivait parfois de travailler entre 100 et 150 heures par semaine", affirme-t-il. Le repos de sécurité de 11 heures suivant le travail est rarement respecté dans ce domaine, ce qui a poussé Felipe a changé de spécialité. Il est désormais interne en réanimation au CHU de Caen et travaille entre 60 à 70 heures par semaine. Selon lui, cette situation qui arrange bien les hôpitaux, même s'il estime que "ce n'est pas normal".

Forcément pour le CHU, un interne coûte beaucoup moins qu'un praticien. Même s'ils ne vont jamais le reconnaître, on leur permet de faire des économies gigantesques. Felipe Plassà franceinfo


Les internes ont parfois l'impression d'être utilisés comme des variables d'ajustement en cas de manque de personnel médical. "C'est déjà mon cas, explique Felipe, comme le CHU ne veut pas prendre de remplaçant pour une journée de consultation, je me retrouve à aller en consultation". 

Des heures au détriment de la pédagogie 


Antoine est un jeune interne de 27 ans aux urgences dans l'un des plus gros hôpitaux de Picardie. L'absence du caractère pédagogique de l'internat, il s'y était préparé. "Avant de commencer le stage, je m'attendais à ce que les 48 heures ne soient pas respectés. On se prépare d'une certaine façon psychologiquement, on s'y adapte. Après, effectivement, je ne dis pas que ce n'est pas fatiguant, bien au contraire."

En plus de ces horaires, Benjamin travaille avec une forte pression explique-t-il. "La peur est toujours présente. En plus, on se retrouve du jour au lendemain avec d'importantes responsabilités et un temps de travail qui est très important. S'il n'y a pas une bonne cohésion entre nous les internes, on pourrait facilement craquer", raconte le jeune homme. 

Les internes ne sont pas plus rémunérés quand il dépasse les 48 heures hebdomadaires réglementaires. Ils touchent environ 1 400 euros par mois lors de leur première année d'internat.