Décès inexpliqué d'une femme aux urgences de l'hôpital Lariboisière : "Nous avons dit qu'il y aurait des morts"

Le porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France, Christophe Prudhomme a rappelé que les personnels de cet hôpital avaient tiré la sonnette d'alarme cet été sur le manque de moyens.

L\'hôpital Lariboisière à Paris, le 23 août 2013.
L'hôpital Lariboisière à Paris, le 23 août 2013. (THOMAS SAMSON / AFP)

Alors qu'une enquête est ouverte après le décès inexpliqué d'une femme, mardi 18 décembre, presque 12 heures après son admission aux urgences de l'hôpital Lariboisière à Paris, le porte-parole de l'association des médecins urgentistes de France (Amuf), Christophe Prudhomme, a dénoncé mercredi 19 décembre sur franceinfo le manque de moyens dans les hôpitaux. "Les collègues de Lariboisière, cet été, ont tiré la sonnette d'alarme. Ils n'ont pas eu de réponse. Nous avons dit à l'époque qu'il y aurait des morts, c'est ce qui arrive aujourd'hui", a-t-il dénoncé.

Il y a des gens qui continuent de nous expliquer qu'on ne peut pas mettre de moyens supplémentaires à l'hôpital pour répondre aux besoins de la population, c'est scandaleux.Christian Prudhommeà franceinfo

"Aujourd'hui, quand nous demandons des moyens supplémentaires, on nous répond : 'il n'y a pas d'argent'", a expliqué Christophe Prudhomme, qui redoute que les conditions ne continuent à se dégrader dans les années à venir. "Il faut savoir que l'hôpital Lariboisière dépend de l'assistance publique (AP-HP) et que le directeur général Martin Hirsch nous annonce que nous allons avoir un plan de réduction des effectifs, pour les cinq ans à venir, de 800 à 1 000 postes par an", a-t-il dénoncé.

Moins d'effectifs et moins de moyens

"Il y a une colère chez mes collègues qui sont infirmiers, aides-soignants ou médecins, qui est monstrueuse", a ajouté le médecin urgentiste, avant de dépeindre la situation dans son propre service, en Seine-Saint-Denis. "Dans mon service en particulier, il nous manque des téléphonistes pour décrocher quand les gens appellent. Nous n'arrivons plus à décrocher les appels dans la minute. Les gens attendent 10 à 15 minutes avant que l'on réponde, si c'est quelqu'un qui appelle pour un arrêt cardiaque, c'est une mort plus qu'annoncée", a expliqué Christophe Prudhomme.

Selon lui, le dernier budget de la Sécurité sociale "entraînera encore des réductions d'effectifs et de moyens" dans les services. "Les députés qui ont voté cette loi, ils ont une responsabilité morale sur la maltraitance des patients et sur ces morts dans les services d'urgence dans des conditions inadmissibles". "Ce que nous demandons, ce sont des moyens supplémentaires, nous n'en pouvons plus à l'hôpital !", a-t-il ajouté.