Grossesse : pourquoi le CMV n'est-il pas dépisté ?

CMV... Sous ce sigle se cache le cytomégalovirus, un virus anodin pour la plupart des patients, mais quand il touche les femmes enceintes, il peut avoir des conséquences graves pour le foetus. Pourtant, peu de femmes connaissent l'existence de ce virus... Le père d'un enfant décédé il y a cinq ans à la suite d'une infection par le CMV se mobilise sur Facebook pour faire connaître ce virus et améliorer la prévention. 

C'est un cri du coeur qui a fait le tour du web en juin 2015. Cinq ans après le décès de son fils, un père a décidé de dénoncer le manque d'information concernant le cytomégalovirus (CMV) qui a emporté son fils. "Il était âgé de 5 semaines et avait contracté durant la grossesse un virus, le CMV, qui est très répandu", témoignait Yann Champion le 23 juin, sur sa page Facebook.

Le cytomégalovirus est un virus qui fait partie de la famille des herpès, rassemblant l'herpès simplex, le virus de la varicelle et du zona ou le virus d’Epstein Barr, agent de la mononucléose infectieuse. Il se transmet par les urines, la salive, les larmes et les sécrétions génitales. C’est aussi le premier virus responsable d’infections congénitales.

Largement répandu puisqu’il est présent chez près de la moitié de la population, ce virus passe le plus souvent inaperçu, ne déclenchant aucun symptôme. Il reste silencieux dans le corps, comme les autres virus de cette famille. En revanche, il s’avère dangereux pour les personnes dont le système immunitaire est déprimé (celles souffrant du sida ou venant de subir une greffe) et les femmes enceintes.

Risque de primo-infection chez les femmes enceintes

Si la contamination au cours de la grossesse ne provoque généralement pas de conséquence grave chez la mère, elle peut en avoir pour le foetus à qui elle transmet le virus via le placenta. Lorsque la future mère est infectée pour la première fois, ce risque de transmission est de 30 à 40%, comme l’indique une fiche publiée par l’Institut national de sécurité au travail. Des signes d’infection apparaissent chez 10 à 15% des foetus qui présentent alors un risque de développer des séquelles graves : surdité, cécité, malformations…

Ce père reproche qu’aucun dépistage systématique ne soit organisé en France comme c’est le cas en Belgique. En 2004, la Haute Autorité de Santé a conclu que "le dépistage systématique de l’infection à CMV pendant la grossesse n’est pas justifié, mais qu’une information concernant les mesures d’hygiène universelles doit être donnée aux femmes enceintes". Un dépistage sanguin peut être effectué pour rechercher la présence d’anticorps afin de savoir si la femme enceinte a déjà été infectée. Mais cela ne la protège pas du risque de réactivation du virus. Il est possible de dépister l’infection du foetus grâce à une échographie mais il n’existe pas de traitement in utero. Le seul moyen dont disposent les médecins est l’interruption volontaire de grossesse.

Des parents trop peu informés des mesures de prévention

Ce sont les enfants en bas âge, en contact pour la première fois avec le virus lors de l'entrée en crèche ou à l'école, qui constituent la source d'infection la plus fréquente. Des mesures d’hygiène recommandées aux femmes enceintes :

- Limiter autant que possible le contact avec les urines, la salive, les larmes des enfants de moins de 3 ans ;

- Se laver soigneusement les mains à l'eau et au savon ou utilisation de solution hydro-alcoolique pour une désinfection des mains après tout contact avec un liquide biologique.

Malheureusement, les futures mères sont trop peu informées de l’existence de ces mesures. "Lorsque ma compagne était enceinte, personne ne nous en avait parlé, alors même que nous avions un premier enfant qui allait en crèche et que nous correspondions donc parfaitement au profil des personnes à risque, regrette Yann Champion. Les messages que je reçois semblent prouver que notre cas est loin d'être isolé : l'immense majorité des gens découvrent l'existence du CMV en apprenant que leur bébé a été infecté, qu'il faut mettre un terme à la grossesse ou qu'il portera à vie des séquelles plus ou moins graves (parmi les séquelles, le CMV est notamment la première cause de surdité congénitale)".