Est-il encore temps de se faire vacciner contre la grippe ?

Une épidémie de grippe de grande ampleur est annoncée pour ce début d'année. La faute, en partie, à un vaccin moins efficace. Pour Claude Leicher, médecin généraliste, la vaccination reste toutefois importante.

La campagne de vaccination antigrippale est prolongée jusqu\'au 28 février 2015 en raison de la progression de l\'épidémie.
La campagne de vaccination antigrippale est prolongée jusqu'au 28 février 2015 en raison de la progression de l'épidémie. (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

L'épidémie de grippe est bien installée en France. Le nombre de cas de grippe saisonnière a doublé entre la troisième et la quatrième semaine du mois de janvier, selon le réseau Sentinelles de l'Inserm. Une hausse qui s'explique notamment par la faible efficacité du vaccin cette année.

Selon une étude (en anglais) des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies publiée mi-janvier, cette efficacité tournerait autour de 23%, soit une protection "relativement basse". Habituellement, le taux d'efficacité se situe plutôt entre 70% et 90%. Dans un communiqué publié samedi 31 janvier, le ministère de la Santé le reconnaît, mais insiste sur le fait que "le bénéfice global de la vaccination n'est pas remis en question" et indique qu'il est encore temps de se faire vacciner.

Francetv info a interrogé Claude Leicher, médecin généraliste dans la Drôme et président du syndicat MG France.

Comment expliquer que le vaccin soit moins efficace cette année ?

Claude Leicher : Chaque vaccin contient trois souches du virus. Cette année, il y a les souches de la grippe A H1N1 et H3N2 et la souche de la grippe B. Un problème est survenu avec la souche H3N2. Une mutation est apparue entre le moment où l'on a choisi les souches à mettre dans le vaccin et le début de l'épidémie. Or cette souche est celle qui circule le plus actuellement et contre laquelle le vaccin est donc souvent moins efficace.

Comment expliquer l'apparition de ces mutations ?

Le virus de la grippe est très contagieux. Il utilise l'appareil cellulaire pour se développer en réalisant des copies du virus. Parfois, une erreur génétique se produit et l'on observe des petites variations. Ces copies imparfaites, plus ou moins agressives, ne sont plus détruites par les anticorps et se propagent ensuite au reste de la population.

Étant donné le nombre de personnes touchées par la grippe, ce virus a un risque de mutation très élevé. Il existe des centaines de sous-types de virus différents appartenant à la famille H3N2. Cela explique la nécessité de se faire vacciner à nouveau chaque année avec le virus qui est susceptible de circuler pendant l'hiver.

Est-il possible d'anticiper ces mutations ?

Non. Le virus qui est apparu n'existait pas quand on a créé le vaccin. Le travail de l'OMS est de suivre la progression des virus pendant l'année. Généralement, le virus se met à circuler d'abord en hiver dans l'hémisphère Sud puis dans l'hémisphère Nord. Les vaccins que l'on utilise sont ainsi fabriqués six à huit mois avant la mise sur le marché, selon les souches de virus qui circulent dans l'hémisphère Sud. On espère ensuite que le virus ne va pas muter.

Cela vaut-il quand même le coup de se faire vacciner ?

Oui, bien sûr. Plusieurs virus H3N2 circulent, dont certains sont encore assez proches du vaccin. Mais surtout, si une souche du virus a muté, le vaccin reste tout à fait adapté aux autres souches. La vaccination n'est pas une garantie à 100% de ne pas tomber malade, mais vous avez moins de risque d'attraper la grippe si vous êtes vacciné.

On sait aussi que les personnes qui se vaccinent régulièrement fabriquent des anticorps qui peuvent encore être efficaces. Chez eux, le taux de mortalité, notamment en raison de complications cardiovasculaires, est moins élevé.

En Rhône-Alpes où j'exerce, la phase épidémique est en train de s'installer. Le délai d'apparition des anticorps est de dix à vingt jours. Mais il n'est jamais trop tard pour se faire vacciner, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. D'autant que l'on constate actuellement une surmortalité des personnes âgées de plus de 85 ans, que l'on soupçonne d'être due à la grippe.