Qu'est-il arrivé à la centaine d'hippopotames retrouvés morts en Namibie ?

Dans un parc national de ce pays d'Afrique australe, des dizaines d'hippopotames ont trouvé la mort de manière inexpliquée. Les premiers soupçons du gouvernement se portent vers la maladie du charbon.

Un hippopotame photographié au Botswana en décembre 2016. 
Un hippopotame photographié au Botswana en décembre 2016.  (THOMAS DRESSLER / BIOSPHOTO / AFP)
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Lison VerriezfranceinfoFrance Télévisions

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Les photos publiées dans la presse montrent des dizaines de carcasses gisant sur le dos. Une centaine d'hippopotames ont été retrouvés morts la semaine dernière dans une rivière du parc national de Bwabwata, dans le nord-est de la Namibie, a annoncé le ministère de l'Environnement lundi 9 octobre

Et le bilan pourrait être encore plus lourd puisque certains cadavres ont pu être dévorés par les crocodiles avant leur découverte. "Nos services vétérinaires sont sur place pour tenter de déterminer la cause des décès. Une fois qu'on aura les résultats, on pourra prendre des mesures appropriées", a déclaré à l'AFP Pohamba Shifeta, le ministre namibien de l'Environnement. "On ne connaît pas l'origine des décès, mais on soupçonne qu'il s'agit de la maladie du charbon", explique-t-il.

Qu'est-ce que la maladie du charbon ? 

Maladie du charbon, fièvre charbonneuse, anthrax en anglais... Si elle répond à plusieurs noms, cette pathologie a pour origine une même bactérie : le Bacillus anthracis, qui touche aussi bien les humains que les animaux. En 1881, Louis Pasteur invente l'un des premiers vaccins à destination des animaux contre cette maladie. 

La bactérie est présente dans les terres charbonneuses. Sous la terre, elle est inoffensive, mais à l'air libre, elle redevient active, donc dangereuse.

Dans la terre, la bactérie peut résister un siècle. Avant, on enterrait les animaux morts sur place : c'est ce qu'on appelle les champs maudits car la bactérie n'y a pas disparu et peut resurgir.

Jeanne Brugère-Picoux, de l'Académie vétérinaire de France

à franceinfo

Chez l'homme, la maladie, transmise par l'animal, peut prendre plusieurs formes plus ou moins dangereuses, mais des traitements antibiotiques ont prouvé leur efficacité contre le bacille. Celui-ci peut aussi être utilisé comme arme bactériologique. En 2001, cinq personnes sont mortes aux Etats-Unis après avoir reçu des enveloppes contaminées par de l'anthrax. 

Pourquoi soupçonne-t-on la maladie du charbon chez ces hippopotames morts ? 

"Je ne vois pas quelle autre origine pourrait expliquer la mort des hippopotames, surtout s'il y a eu des cas auparavant. C'est dramatique, mais cela ne semble pas étonnant", estime Jeanne Brugère-Picoux, professeure et cheffe de service à l'Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, spécialisée en pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour.

D'abord, la maladie du charbon pourrait expliquer la mort simultanée d'un si grand groupe. D'après la vétérinaire, "avec la maladie, les animaux font une septicémie [une infection généralisée]. La mort est très rapide. C'est presque une mort subite, on ne peut pas intervenir."  

Les ruminants sont les premières victimes du charbon : ils broutent à même la terre et si la terre est contaminée, ils en meurent.

Jeanne Brugère-Picoux

à franceinfo

Deuxième raison de soupçonner le bacille : il a déjà décimé des espèces dans d'autres régions. En août, des chercheurs ont ainsi révélé que la maladie du charbon était responsable de la mort de nombreux chimpanzés dans le parc national de Taï, en Côte d'Ivoire, et pourrait les exterminer complètement, rapporte Le Figaro.  

Comment peut-on enrayer cette maladie ? 

"Il n'y a rien à faire, on ne peut pas vacciner tous les hippopotames ou même tous les animaux sauvages, c'est impossible", constate Jeanne Brugère-Picoux. En outre, il est compliqué de prévenir le retour de la bactérie à l'air libre. "Cela se produit en général après une intervention sur la terre, une modification du terrain, par exemple une inondation, des changements climatiques ou même des travaux", explique la vétérinaire. 

En France, la propagation de la maladie reste limitée "parce qu'on a des procédures très pointilleuses sur la maladie du charbon". Si des cas ont été observés en Savoie, dans le Jura, dans le Doubs et plus récemment en Moselle, "il y a une obligation de déclaration dès qu'on constate la présence de la maladie"

"On n'autopsie jamais les animaux sur place, pour que le sang contaminé ne pénètre pas dans le sol. Il existe aussi des vaccins pour les animaux dans les zones à risques", explique Jeanne Brugère-Picoux. Elle insiste : en France, la précaution est de mise. "C’est exceptionnel et rarissime, mais il faut faire attention. Vérifier d'où vient la viande que l'on mange et ne jamais toucher le cadavre d'un animal sauvage."