Interdiction de la pêche électrique en France : "Maintenant, espérons que les stocks de poissons se régénèrent au plus vite"

La France a décidé d'interdire mercredi la pêche électrique en mer du Nord, devançant de deux ans une décision de l'Europe. Une mesure saluée par les pêcheurs français.

Un pêcheur, sur un bateau néerlandais, prépare les filets à impulsion électrique, en quittant le port de Den Helder, le 18 janvier 2018.
Un pêcheur, sur un bateau néerlandais, prépare les filets à impulsion électrique, en quittant le port de Den Helder, le 18 janvier 2018. (NIELS WENSTEDT / ANP)

"Il s'agissait pour nous d'une concurrence déloyale", réagit Stéphane Pinto, marin-pêcheur à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), alors que le ministère de l'agriculture a annoncé mercredi 14 août l'interdiction de la pêche électrique dans les eaux françaises, à effet immédiat. La France anticipe ainsi l'interdiction prévue pour le 1er juillet 2021, au niveau européen.

Interdite en Europe depuis 1998, la pêche électrique bénéficie en fait d'un régime dérogatoire exceptionnel, la Commission européenne autorise sa pratique, notamment en mer du Nord. Si elle est peu usitée en France, cette technique est répandue aux Pays-Bas, qui en sont les principaux partisans en Europe. Ces derniers mois, elle a été la source de tensions en mer du Nord, où les pêcheurs français se plaignaient des incursions de chalutiers néerlandais, utilisant cette méthode, dans les eaux françaises.

La pêche électrique permet de pêcher "cinq à six fois plus" de poissons que lors d'une pêche traditionnelle et elle "met surtout en danger les ressources" marines, juge Stéphane Pinto, également vice-président du comité régional des pêches des Hauts-de-France.

Des stocks de poissons en "baisse constante"

Ce procédé, qui consiste à envoyer, depuis un chalut, des impulsions électriques dans les sédiments pour capturer des poissons vivants au fond des mers, est jugé dévastateur pour la faune et les fonds marins par les associations environnementales. Le pêcheur de Boulogne-sur-Mer explique que depuis son apparition, lui et ses collègues ont constaté une diminution constante du nombre de poissons à pêcher, "pour arriver à une catastrophe au niveau de la sole".

"On a alerté les pouvoirs publics, tout s'est mis en œuvre, cela a pris du temps. Maintenant, espérons que les stocks de poissons se régénèrent au plus vite, pour que les entreprises françaises deviennent à nouveau viables", selon Stéphane Pinto, pour qui il y avait urgence à réagir. Certains marins-pêcheurs de Boulogne et de Dunkerque ont vu leur chiffre d'affaire baisser de moitié au premier trimestre de l'année.