Accès à la cantine scolaire : "Il y a des disparités qui sont indéniables", dénonce la co-auteure du rapport du Défenseur des droits

Marie Laudijois, qui a participé à l'écriture du rapport, détaille sur franceinfo les constatations faites par le Défenseur des droits. 

Illustration de cantine scolaire. 
Illustration de cantine scolaire.  (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

Alors que le Défenseur des droits appelle, dans un rapport publié jeudi 20 juin, à mettre fin aux discriminations d'accès à la cantine scolaire, Marie Laudijois, juriste au sein du pôle service public du Défenseur des droits, constate que "il y a des disparités qui sont indéniables." Invitée de franceinfo jeudi, celle qui a participé à la rédaction de ce rapport, souhaiter "appeler au dialogue" et salue notamment l'initiative de certaines communes qui proposent des repas à un euro. 

franceinfo : Vous affirmez que le droit à la cantine scolaire n'est pas effectif. Est-ce trop cher ?

Marie Laudijois : C'est l'un des points effectivement soulevés par le rapport. Un premier rapport avait été publié par le Défenseur des droits en 2013. A l'issue des six ans qui se sont écoulés, nous avons constaté des évolutions, des demandes nouvelles, également une augmentation des réclamations. Nous avons donc voulu faire le point sur les évolutions, pointer un certain nombre de points qui nous paraissaient importants. Ce rapport comporte donc six recommandations qui rappellent des principes essentiels : l'égalité d'accès, la non-discrimination, l'inclusion des enfants handicapés au sein des services de cantine et, entre autres, également, le fait de ne pas faire peser, par une tarification trop lourde, les difficultés d'accès sur les familles en situation de précarité sociale.

Avez-vous effectivement constaté des disparités entre les différentes classes sociales ?

Oui. Nous souhaitons aussi, par ce rapport, appeler au dialogue. Par l'action de nos délégués territoriaux en particulier, mais aussi par les services centraux, beaucoup de situations peuvent trouver des solutions. Nous souhaitons donc faire des recommandations. Il y a des disparités qui sont indéniables. Des efforts très significatifs sont faits par beaucoup de communes, qui offrent des tarifications, même en-dessous de un euro sur lequel un plan gouvernemental a été annoncé. Mais il y a aussi des communes pour lesquelles le tarif est uniforme, parce que ce n'est pas une obligation de faire varier les tarifs. Dans ce cas-là, il peut y avoir des difficultés pour des familles dans des situations très diverses, de payer le même tarif. Nous souhaitons donc attirer l'attention sur ce point, également sur des familles en difficulté qui se voient interdire l'accès, pour des questions de ressources financières ou parfois de résidence précaires.

Vous évoquez notamment le cas de familles rom.

Tout à fait. C'est l'un des cas sur lesquels nous avons été saisis, que ce soit au niveau des délégués territoriaux ou au niveau du siège. Il y a des difficultés sur ces situations. Nous souhaitons pouvoir les mettre en lumière pour qu'elles puissent trouver des solutions. Encore une fois, nous pensons vraiment que le dialogue entre les communes, les différents acteurs de terrain, nos délégués peuvent permettre de trouver des solutions.

Vous vous prononcez pour une généralisation du repas à un euro pour les élèves les plus défavorisés, dans le primaire.

Nous trouvons que c'est une mesure qui va dans le bon sens, tout en soulignant, encore une fois, qu'il y a des communes qui proposent déjà des repas à un tarif inférieur. Ça marche, bien entendu, et, d'ailleurs, beaucoup de communes ont réagi au plan gouvernemental en disant qu'elles avaient déjà mis en place des tarifications solidaires sociales qui peuvent être inférieures à un euro. Mais, dans l'absolu, le fait que cette mesure soit largement promue, qu'il y ait une aide de l'État, cela peut aider certaines communes qui n'étaient pas en mesure de proposer de le faire. Nous trouvons que cela va dans le bon sens.