Paquet de cigarette à 10 euros : qui touche quoi ?

Alors que le prix du paquet de Marlboro rouge atteindra dix euros au 1er mars 2020, la Cellule Vrai du Faux vous explique comment se répartit l’argent entre les buralistes, l’État et l’industrie du tabac.

Une buraliste en Corse.
Une buraliste en Corse. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Une barre symbolique s’apprête à être franchie. Dès le 1er mars 2020, le prix du paquet de Marlboro rouge atteindra 10 euros. Auparavant, le prix d’un paquet de cette marque de cigarettes la plus vendue en France était de 9,30 euros. Cette augmentation est notamment due à une augmentation des taxes de 50 centimes, prévue par un arrêté ministériel daté du 31 janvier.

Il s’agit de la dixième augmentation des prix du tabac depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. Afin de réduire la consommation de tabac, le gouvernement s’était fixé pour objectif d’atteindre le prix de 10 euros le paquet d'ici novembre 2020.

Mais à qui vont vraiment ces 10 euros ? La cellule Vrai du Faux vous explique comment est répartie cette somme.

La grande majorité pour les caisses de l'Etat 

Les taxes représentent la majeure partie du prix d’un paquet de cigarettes. La TVA représente 16,7% du prix, comme l’explique cette fiche des douanes. Mais c’est surtout un autre impôt qui fait gonfler la somme globale. Il s’agit du droit de consommation sur les tabacs. Pour un paquet coûtant 9,30 euros, cette taxe supplémentaire correspond à 5,79 euros, soit bien plus de la moitié. Au total, selon les règles en vigueur au 1er novembre 2019, ce sont donc plus de 82% du prix d’un paquet de cigarettes qui reviennent à l’État.

L’argent récolté par l’État sert majoritairement à financer le budget de la sécurité sociale mais aussi la mutualité sociale agricole (MSA), les caisses d'allocations familiales (Cnaf), la couverture maladie universelle (CMU) et dans une moindre mesure la retraite anticipée des travailleurs de l’amiante. Quant à la TVA, elle finance la branche maladie de l’assurance maladie.

Les fabricants, libres de fixer leur prix

Le reste de l’argent se partage entre le buraliste et le fabricant de tabac. Toujours dans le cas d’un paquet à 9, 30 euros, le vendeur perçoit 0,92 euros quand l’industriel touche 69 centimes d'euros. Mais chaque entreprise de tabac est libre de fixer le prix qu’elle veut. Les taxes sur les cigarettes ne sont donc pas la seule explication de la hausse des prix. Dans le cas de Philip Morris, le groupe a profité de la hausse de mars 2020 pour augmenter sa marge et la faire passer de 10 à 20 centimes par paquet.

La baisse du nombre de fumeurs fait-elle chuter ces recettes ?

Selon le baromètre santé 2017 de Santé publique France, un million de fumeurs quotidiens de moins ont été comptabilisés entre 2017 et 2016. Une baisse qui inquiète de nombreux buralistes. “Les volumes [des ventes de paquets de cigarettes] se retrouvent impactés, la fréquentation de nos magasins aussi. [...] Aujourd'hui, un paquet à un prix aussi élevé reste pour nous un souci”, confiait ainsi Philippe Coy, président de la confédération des buralistes, à franceinfo en mars 2019.

Mais pour l’État, cette baisse n’entraîne pas de chute des recettes fiscales de l’État. Bien au contraire, ces dernières sont en forte hausse grâce à l’augmentation des taxes. Entre 2017 et 2020, les taxes spécifiques sur les cigarettes passent ainsi de 11,87 à 13,58 milliards d'euros, selon les prévisions des comptes de la sécurité sociale. Un chiffre auquel il faut encore inclure la TVA. Au total, les recettes fiscales liées aux ventes de tabac atteignent donc près de 16 milliards d’euros.

Et cela ne devrait pas s’arrêter puisqu’une nouvelle hausse est prévue le 1er novembre 2020. Cette fois, il faudra débourser 40 centimes supplémentaires.