Cannabis thérapeutique et médicaments anti-cancer : "Dans certains cas, cela pourrait faire augmenter la grosseur des tumeurs"

Le cannabis thérapeutique pourrait être toxique et néfaste pour certains malades. C'est l'alerte lancée par les spécialistes mondiaux du cancer, réunis jusqu'à mardi à Chicago. Un message bien reçu par les cancérologue français présents sur place.

Plans de cannabis destinés à une utilisation thérapeutique.
Plans de cannabis destinés à une utilisation thérapeutique. (PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)

C'est dans une immense salle pleine que des cancérologues du monde entier, réunis à l'occasion du congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), à Chicago, écoutent avec attention Claude Cyr. Pour ce spécialiste québécois du cannabis thérapeutique "le cannabis est probablement l’une des seules substances qui peut réduire une multitude de symptômes : la douleur, l’insomnie, l’anxiété, la dépression, les nausées, l’anorexie."

Mais attention, prévient Claude Cyr "plus cela avance, plus on réalise que le cannabis n’est pas aussi anodin que cela". Très en vogue auprès des autorités sanitaires du monde entier et déjà prescrit légalement dans une trentaine de pays, il n’a pas que des effets positifs. Les chercheurs découvrent au fur et à mesure qu’il peut aussi nuire à la guérison des malades à cause d’interactions avec certains médicaments anti-cancer.

Il y a des études qui démontrent que dans certains cas cela pourrait faire augmenter la grosseur des tumeurs.Claude Cyr, spécialiste québécois du cannabis thérapeutique à franceinfo

Dans la salle, le Dr Charlotte Joly, cancérologue à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, écoute attentivement. Elle estime qu’en moyenne, un de ses patients sur dix consomme déjà du cannabis, fumé ou en tisane, pour réduire la douleur et l’anxiété. "Ce qui a été soulevé, c'est qu'il faut poser plus souvent la question", estime-t-elle, pour éviter "les interactions médicamenteuses chez les patients qui ne disent pas qu'ils sont consommateurs".

Il y a par exemple des diminutions d'efficacité sur les chimiothérapie et les immunothérapiesDr Charlotte Joly, cancérologue à l'hôpital Henri-Mondor de Créteilà franceinfo

Le Dr Audrey Lebel est spécialiste douleur et soins palliatifs. Ses patients devraient participer dans quelques mois à l'expérimentation française. En sortant de ce congrès, elle ne considère pas la France en retard et trouve même que les autorités sanitaires françaises ont bien fait d’attendre jusqu’à maintenant.

La preuve avec les pays où le cannabis thérapeutique a été mis en place trop rapidemment. Cela "s’est fait de manière complètement anarchique, sans dose, sans que cela soit prescrit par des médecins, délivré pas des pharmaciens et sans qu’il y ait le moindre contrôle sur la façon dont c’est utilisé." Conclusion de ce congrès mondial du cancer : il reste encore beaucoup d'interrogations sur le cannabis thérapeutique. Des questions auxquelles des dizaines d’études, en cours actuellement, ne devraient pouvoir répondre que d’ici deux ou trois ans.