Coronavirus : le dépistage, "quasiment la seule" méthode pour sortir du confinement estime un biologiste

Pour François Blanchecotte, président du syndicat national des biologistes, des tests massifs, en s'appuyant sur le réseau de 4 000 laboratoires français, doivent être menés avant de lever les mesures de confinement. 

Un technicien de laboratoire, à Montpellier (Hérault), le 27 mars 2020. 
Un technicien de laboratoire, à Montpellier (Hérault), le 27 mars 2020.  (PASCAL GUYOT / AFP)

S'il existe plusieurs hypothèses de déconfinement, "ce n'est pas pour demain matin" a rappelé le Premier Ministre Édouard Philippe, jeudi 2 avril. Organiser des dépistages est "quasiment la seule" méthode pour sortir les Français du confinement, estime sur franceinfo François Blanchecotte, président du syndicat national des biologistes, ce vendredi 3 avril. "ll faut préparer les Français, à ce qu'on sache s'ils ont contracté le virus ou pas, qu'ils aient eu des symptômes ou pas", poursuit le scientifique pour qui le réseau de quelque 4 000 laboratoires en France "peut nous permettre de dépister les Français en grand nombre". Pour François Blanchecotte, parvenir à ce "désenclavement" va prendre "plusieurs semaines", à l'heure où "on a encore de vives questions sur le statut sérologique" sur les tests sommaires qui sont pour l'instant réalisés.

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franceinfo. Se faire dépister pour pouvoir permettre un éventuel "déconfinement" ce serait une bonne méthode ?

François Blanchecotte. C'est quasiment la seule. Il faut préparer les Français, à ce qu'on sache s'ils ont contracté le virus ou pas, qu'ils aient eu des symptômes ou pas. Il est important de savoir ce que l'on appelle leur statut sérologique. Savoir s'ils se sont défendus contre le virus en produisant des anticorps.

Plusieurs entreprises françaises, mais aussi européennes et mondiales, se sont lancées sur la production des tests sérologiques. Le réseau de laboratoires, comme le nôtre en France, c'est-à-dire près de 4 000 laboratoires à disposition des Français, peut nous permettre à grande échelle de dépister les Français en grand nombre et par étapes.

Je pense que c'est le seul moyen de voir le statut sérologique des gens. Cela permettrait aussi dans les Ehpad de savoir qui est atteint ou pas. Cela permettrait aussi de retrouver une vie normale pour les gens qui ont un statut sérologique immunitaire positif, de pouvoir reprendre leur travail.

On a pris trop de retard ? Y a-t-il selon vous, des décès qui auraient pu être évités ?

Ce sont ces tests-là que l'on aurait dû, peut-être, utiliser dès le départ, massivement, avec l'ensemble des forces de biologistes. Maintenant, aujourd'hui, on est dans une phase 2. Ces tests arrivent au compte-gouttes. On essaie de pallier les urgences, les patients qui en ont besoin, les professionnels de santé. Il faut passer à cette phase 2, c'est-à-dire : aujourd'hui, comment on désenclave les gens qui sont chez eux. Comment peut-on reprendre une vie normale ? Cela va demander plusieurs semaines.

Justement, ces tests ultra-rapides qu'une société bretonne est en train de mettre en place, c'est un bon début ?

Pas forcément. C'est quelque chose qui peut pallier, mais on a encore de vives questions sur le statut sérologique, c'est-à-dire à quel moment vous produisez des anticorps. Sont-ils protecteurs ? Durent-ils longtemps ? Et quel statut peut-on assurer pour que le patient soit considéré comme guéri ?

Ce qui est important, c'est de voir si on pourrait avoir une évolution vers une sérologie de dosage, c'est-à-dire tester le nombre d'anticorps que vous avez et voir un peu comment ça peut être validé au niveau scientifique.

Avec des populations auprès desquelles il faut être particulièrement vigilant ?

Tout à fait. Il y a les populations les plus sensibles, les personnes âgées dans les Ehpad, les gens qui ont aussi des symptômes sévères et critiques. Il va falloir, à un moment donné, savoir s'ils sont vraiment guéris. Et puis tous les personnels de santé. Il faudra voir aussi particulièrement les jeunes, parce que les jeunes ne sont pas très touchés par la maladie. Mais par contre, eux la transmettent. C'est important aussi de voir si tous ces enfants pourront retourner à l'école, au collège.