Journée mondiale de la contraception : "Cette charge peut appartenir à la femme mais aussi à l'homme", plaide le journaliste Guillaume Daudin

Guillaume Daudin, est co-auteur du roman graphique "Les contraceptés - Enquête sur le dernier tabou", co-écrit avec Stéphane Jourdain et dessiné par Caroline Lee, à paraître le 14 octobre.

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Deux méthodes de contraception existent pour les hommes : une méthode thermique, qui consiste à augmenter la température des testicules pour bloquer la production de spermatozoïdes, et une méthode hormonale. (Photo d'illustration) (B. BOISSONNET / BSIP)

"Il faut que les hommes se disent que cette charge contraceptive dans un couple hétéro peut appartenir à la femme mais aussi à l'homme. C'est une discussion qu'il faut avoir", a estimé sur franceinfo Guillaume Daudin, journaliste à l’Agence France Presse, co-auteur du roman graphique Les Contraceptés. Enquête sur le dernier tabou (co-écrit Stéphane Jourdain, dessiné par Caroline Lee, à paraître le 14 octobre aux éditions Steinkis). A l'occasion de la Journée mondiale de la contraception, il milite pour la contraception masculine. Actuellement deux principales méthodes existent chez les hommes : une thermique, qui consiste à augmenter la température des testicules afin de stopper la production de spermatozoïdes, et une autre hormonale avec des injections hebdomadaires d'énanthate de testostérone. Aucune de ces deux méthodes n'est approuvées par les autorités sanitaires françaises.

franceinfo : Quelles garanties a-t-on sur l’efficacité des méthodes de contraception masculine ?

Guillaume Daudin : Il y a eu des tests scientifiques qui ont été faits sur les deux méthodes, hormonale et thermique. Des tests scientifiques assez poussés. Pour l’hormonale ce sont des tests de phase 2, alors qu'il existe trois phases. Il manque le dernier test à grande échelle sur des milliers de couples pendant longtemps, pour vraiment apposer le dernier tampon. Jusqu'à présent, les tests qui ont été menés sont tous concluants. On est "contracepté", ça marche, il n'y a pas d'accident. Quand on arrête cette contraception, ça revient à la normale. On peut à nouveau procréer et jusqu'à présent, il n'a pas été démontré de séquelles du fait de l'utilisation de cette contraception.

S'il n'existe pas de méthode de contraception masculine approuvée, est-ce à cause d'un tabou selon vous ?

Je crois que c'est un tabou et un impensé. La plupart des hommes aujourd'hui ne s'intéressent pas à la contraception de leur compagne lorsqu'ils sont dans un couple hétérosexuel. En fait, ils n'y pensent pas. On se dit que c'est une charge qui appartient à sa compagne et on ne se demande pas si c'est douloureux pour elle. Et c'est à cause de mecs qui n'ont pas pris la parole là-dessus, que les laboratoires pharmaceutiques et les autorités se disent qu'il n'y a pas de marché. Donc, ils ne vont pas mettre des sous là-dedans parce que ce n'est pas une priorité de santé, alors même qu'il y a une demande des femmes là-dessus. On l'a vu récemment suite aux annonces d'Olivier Véran sur l'élargissement de la contraception gratuite pour toutes les femmes jusqu'à 25 ans. On a vu beaucoup de femmes, de féministes réagir en disant : "Mais quand est ce qu'on s'intéresse aux hommes ? Quand est ce que les hommes prennent leur part là-dedans ?" Il faut ouvrir les yeux aux hommes, qu'ils se rendent compte qu'il existe des méthodes qui sont utilisables, qui sont encore imparfaites parce que non validées scientifiquement, définitivement. Il faut que les hommes se disent que cette charge contraceptive dans un couple hétérosexuel peut appartenir à la femme mais aussi à l'homme. C'est une discussion qu'il faut avoir. Et ce n'est pas quelque chose qu'il faut laisser à sa partenaire.

Pourquoi cette question de la contraception masculine ne s'est-elle pas posée avant ?

C'est ça qui est assez fascinant. On s'est rendu compte que ce chemin aurait pu être pris à de nombreuses reprises. Il y a eu des études à la fin des années 30, et dans les années 50. Depuis, il y a eu de multiples études. Souvent, on n'était pas très loin d'avoir la méthode prête à être commercialisée, mais souvent, il a été décidé d'arrêter les recherches. Toujours parce que les labos pharmaceutiques se disaient qu'il n'y avait pas de marché et pas de demande. Dans le cas de la contraception hormonale, la méthode a été testée très largement par l'OMS dans les années 90, sur 700 couples dans neuf pays. Elle a été démontrée très effective mais comme pour les femmes, il y avait des effets secondaires. Et cette fois-ci, comme c'était des effets secondaires qui touchaient les hommes, il a été décidé d'arrêter les tests. Mais il y a une demande là dessus, ça bouge. On voit des médecins qui nous disent être un peu dépassés, qui ne savent pas trop quoi prescrire parce qu'en France ils ne sont pas formés à ça. Donc il est peut-être temps en effet qu'il y ait une réponse là dessus et que les autorités se saisissent du sujet.

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