Déprogrammation d'opérations à cause du Covid-19 : "Des milliers et des milliers de personnes périront de leurs cancers" dans les "5-6 ans", prévient Axel Kahn

Le président de la Ligue contre le cancer dénonce la demande de l'ARS Île-de-France de déprogrammer 40% des opérations dans les hôpitaux et le fait que "toutes les personnes qui sont atteintes de maladies plus graves, plus anciennes que le Covid-19 ont vu leur priorité diminuer".

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Axel Kahn, généticien, président de la Ligue contre le cancer. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Il y aura des milliers et des milliers de personnes qui périront de leurs cancers qui n'auraient pas dû en mourir" dans "les 5-6 ans", prévient mardi 9 mars sur franceinfo Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, alors que l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France demande la déprogrammation de 40% des opérations dans les cliniques et hôpitaux. Selon lui, les retards de diagnostics amoindrissent les chances de survie lorsqu'on est atteint d'un cancer : "On sait que par mois de retard, il y a une perte des chances de 10% par type de cancers", affirme-t-il.

franceinfo : C'est difficile pour un malade du cancer de s'entendre dire qu'il va falloir attendre pour se faire soigner ?

Axel Kahn : C'est très difficile et ça l'est d'autant plus que ce parcours d'obstacles, presque ce calvaire, le mot est un peu fort, mais pas si excessif que cela, que connaissent les personnes malades du cancer se poursuit depuis maintenant près d'un an. Effectivement, il y a un afflux considérable des personnes qui sont atteintes de la Covid-19. Toutes les personnes qui sont atteintes de maladies qui sont plus graves, plus anciennes et différentes que le Covid-19 ont vu leur priorité diminuer. Et dans le domaine du cancer, on commence à avoir fait les comptes. On sait qu'en dehors de la reconstruction, et un retard de reconstruction est extrêmement difficile, qu'il y aura des milliers et des milliers de personnes qui périront de leurs cancers qui n'auraient pas dû en mourir.

Il y a aussi les cancers qui ne vont pas être détectés...

Ce risque-là que vous soulevez est très fort aujourd'hui du fait de la multiplication des foyers infectieux intra-hospitaliers, avec les risques et la réalité des infections nosocomiales. Tous, nous avons entendu de nombreux malades du cancer qui ont été contaminés par le Covid-19 à l'hôpital et nous avons également quelques cas de personnes malades du cancer qui sont décédées du Covid-19 contracté à l'hôpital. Effectivement, cela n'est pas très incitatif. Le risque réellement d'être infecté par le Covid-19 est bien moindre que le risque de ne pas faire traiter son cancer, il n'empêche que cela contribue au retard des diagnostics du début du traitement.

"Ces opérations non urgentes qui sont repoussées, il y a évidemment les opérations de reconstruction post-chirurgie, mais il y a des opérations pour cancer, retardées parce qu'on considère que ce n'est pas une priorité. En réalité, on sait que par mois de retard, il y a une perte des chances de 10% par type de cancers."

Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer

à franceinfo

Et donc, nous l'avons calculé, il y aura donc des milliers de morts supplémentaires par cancer dans les 5-6 ans qui viennent.

Comment jugez-vous la volonté d'Emmanuel Macron de tout faire pour ne pas reconfiner dans un tel contexte ?

C'est une décision politique. Je pense que lorsque le président de la République a vu qu'il y avait une perspective en effet de soulager les Français en leur disant qu'on n'allait pas reconfiner, il s'est engouffré dans cette brèche, en quelque sorte. D'un point de vue purement sanitaire, il n'est pas sûr qu'il ait eu raison. Et en dehors de toute analyse, ça n'est pas mon rôle d'analyser. Le prix à payer est incroyablement lourd. Nous sommes d'ores et déjà à 89 000 morts et je vous rappelle que le premier confinement et le premier pic épidémique n'avait que 30 000, c'est-à-dire que l'on va arriver à bientôt 60 000 morts de la situation de la deuxième vague, alors même qu'il y a la possibilité qu'une troisième s'enclenche. Et puis, ces retards qui se prolongent les uns après les autres dans le domaine des soins, on n'en parle pas assez. Le fait que dans les réanimations qui se remplissent très rapidement aujourd'hui, il y a beaucoup de personnes jeunes et j'espère qu'on les sauvera en grand nombre. Mais les séquelles laissées par la Covid-19 sont des séquelles qui sont cruelles et durables, et même des séquelles chez des gens qui n'ont pas des formes si graves. 

"À l'arrivée, avoir laissé filer la circulation virale d'un point purement sanitaire n'est pas une bonne solution."

Axel Kahn

J'ai de la difficulté à considérer qu'une si mauvaise solution sanitaire peut être une très bonne solution politique.

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