Covid-19 : la déprogrammation de 40% des opérations en Ile-de-France est "un aveu d'échec", réagit le professeur Gilles Pialoux

L'Agence régionale de santé a réclamé cette déprogrammation pour augmenter le nombre de lits de réanimation dédiés aux malades du Covid-19.

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Une soignate s'occupe d'un patient atteint du Covid-19 à l'hôpital Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 8 février 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon à Paris a estimé lundi 8 mars sur franceinfo que la déprogrammation de 40% des activités hospitalières en Ile-de-France était "un aveu d'échec vis-à-vis du contrôle de l'épidémie". L'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France a réclamé la déprogrammation de 40% des activités des hôpitaux et cliniques pour augmenter de 500 places le nombre de lits de réanimation dédiés aux malades du Covid-19. Gilles Pialoux prédit des "semaines extrêmement difficiles sur le terrain".

franceinfo : Comme réagissez-vous à cette décision de l'ARS ?

Gilles Pialoux : C'est un aveu d'échec vis-à-vis du contrôle de l'épidémie. On n'a pas les mêmes grilles de lecture que les politiques. Pour les politiques, c'est le confinement qui est un échec. Pour nous, c'est le remplissage de la réanimation qui, certes, est lent mais inexorable. On prend 2% de réanimation tous les jours au niveau de l'Ile-de-France. Ce n'est pas forcément les chiffres nationaux, mais vendredi dernier on avait 828 personnes en réanimation en Ile-de-France, et là on est à 973 pour 1 050 places.

Cela veut dire presque 100% des lits de réanimation ?

Oui, cela veut dire qu'il faut trouver de la place ailleurs, donc pousser des murs. On l'a fait pendant la première vague, dans les conditions que l'on sait. C'est-à-dire que cela passe par utiliser de l'espace et du personnel, notamment de blocs opératoires, d'unités de soins intensifs et cela nécessite de déprogrammer des soins. Il y a des spécialités qui sont extrêmement impactées et qui ont déjà déprogrammé des patients. En fait, on va déprogrammer des patients qui l'ont déjà été lors de la première vague. Tout cela aura un impact sur la morbidité, sur la mortalité à venir.

Si cette décision est prise, c'est que la situation est préoccupante ?

On est très préoccupé par des données qui méritent d'être consolidées, mais qui ont été en partie rendues publiques. En Ile-de-France, 25% des gens qui sont en soins critiques ont moins de 50 ans. On peut extrapoler. On peut voir l'aspect positif, c'est-à-dire que les personnes âgées seraient plus protégées. C'est la version la plus positive. Au début de la deuxième vague, on a dit : "Les cas sont moins graves en réanimation, moins intubés". Ce n'est pas le cas : 70% des personnes qui sont en réanimation à l'AP-HP sont ventilées, intubées, sont des formes sévères.

Avez-vous l'impression qu'on perd le contrôle de l'épidémie ?

On sait par expérience malheureuse depuis le début de cette pandémie, qu'à un tel niveau de circulation du virus, qu'un tel niveau de remplissage autour de 75% de la réanimation, il faut des semaines pour descendre ce niveau. On va avoir des semaines extrêmement difficiles sur le terrain, en hospitalisation, tout ça étant en cascade. On perd clairement le contrôle. Il faut appeler les choses comme elles sont.

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