Steaks hachés contaminés à la bactérie E. coli : "Qu'on prenne ces risques intentionnellement, ce n'est pas tolérable"

Deux dirigeants d'une entreprise de transformation de viande comparaissent devant la justice. En 2011, 18 personnes dont 17 enfants avaient été contaminées par des steaks hachés contenant des traces de bactérie E. coli.

La chaîne de production de steak haché surgelé de la Société économique bragarde, à Saint-Dizier, en juin 2011.
La chaîne de production de steak haché surgelé de la Société économique bragarde, à Saint-Dizier, en juin 2011. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

À partir de mardi 6 juin et jusqu'au 8, deux dirigeants de l'entreprise SEB (société économique bragarde de boucherie et de charcuterie) comparaissent devant le tribunal correctionnel de Douai. Il y a six ans, une série d'intoxications à la bactérie E. coli avait fait 18 victimes dans le Nord (Hauts-de-France). Après avoir consommé des steaks hachés contaminés, les personnes intoxiquées, principalement des enfants, avaient subi des dommages parfois très graves

Le premier dirigeant de la société SEB à comparaître est l'ex-gérant de 76 ans, Guy Lamorlette. Le second est Laurent Appéré. En 2011, quand l'affaire éclate, ce dernier était responsable hygiène et qualité. C'est justement un contrôle sanitaire déficient qui a été à l'origine du scandale.

Les contrôles ont été défaillants

L'alerte est donnée au mois de juin 2011 par les hôpitaux de Lille et de Douai, qui signalent à l'ARS (agence régionale de santé) cinq cas d'intoxication liés à la bactérie E. coli. Les conséquences pour les patients, dont des enfants âgés de 6 mois à 10 ans, vont des simples vomissements à des cas d'insuffisance rénale dans les cas les plus graves. L'enquête fait rapidement le lien avec la consommation de viande hachée surgelée de la marque Steak Country, un produit principalement vendu dans les magasins Lidl.

Deux types d'erreurs sont reprochées au fabriquant : d'abord un contrôle aléatoire et non systématique de la viande. Ensuite, quand les analyses ont eu lieu, la marchandise a été livrée sans attendre les résultats complets. L'argument avancé par la défense ? Le coût élevé de ces procédures, qui ne seraient pas non plus "respectées par la concurrence".

L'UFC Que Choisir appelle la profession à "faire le ménage"

Robert Bréhon est membre de l'UFC-Que choisir Lille, qui s'est constituée partie civile. "Il y a des victimes qui s'en souviendront toute leur vie, qui en garderont des traces. D'autres ont eu des difficultés plus passagères. Mais ça ne change rien au fond du problème." D'autant plus, estime Robert Bréhon, que l'affaire intervient après plusieurs scandales liés à la viande : "On se dit à chaque fois que c'est la dernière crise, et puis non... Il y a encore des gens qui vont traiter ça par dessus la jambe ! On espère que la justice va dire qu'il y a une faute caractérisée, et que la profession va prendre les choses en main, et faire le ménage. Il y a des risques, et des accidents, le risque zéro n'existe pas. Alors quand on tombe sur des gens qui prenne ces risques intentionnellement, ce n'est pas tolérable."

Deux mois après les signalements, Lidl avait mis fin à son contrat avec l'entreprise de transformation de viande SEB. Le fabricant, qui employait alors 140 salariés, avait été placé dans la foulée sous liquidation judiciaire.