Sel, mollusques, crustacés… Ils n'échappent pas aux plastiques, alerte le magazine "Que Choisir"

Une étude menée par des homologues européens du magazine de consommation Que Choisir pointe la "présence notable" de microplastiques dans des échantillons de sel, mollusques et crustacés. 

Deux tiers des crustacés testés en août 2018 par l\'UFC-Que Choisir sont contaminés aux microplastiques. 
Deux tiers des crustacés testés en août 2018 par l'UFC-Que Choisir sont contaminés aux microplastiques.  (JEAN-PAUL CHASSENET / MOOD4FOOD)

Vos moules ont-elles un arrière-goût de plastique ? Probablement pas, et pourtant elles en contiennent. Ou, plus exactement, des microplastiques, d'après une étude menée par les homologues belge, italien, espagnol, autrichien et danois de Que choisir, et publiée par le magazine mardi 28 août.

Plus de deux tiers des 102 échantillons d'aliments testés sont contaminés par ces particules, inférieures à 5 millimètres. Ces dernières peuvent provenir de la fragmentation dans l'océan d'objets en plastique, comme des bouteilles : ce sont les microplastiques secondaires. Elles peuvent aussi être fabriquées à cette taille pour être incorporées dans des produits. On parle alors de microplastiques primaires : on les trouve dans les pneus, les peintures, les cosmétiques, les textiles synthétiques, etc. Trop petites pour être retenues par les filtres des stations d'épuration, ces particules non biodégradables se retrouvent alors dans l'eau douce et les océans.

Pas de différence entre pêche et élevage

Trois types d'échantillons ont été testés : du sel, des mollusques et des crustacés. Pas de poissons, explique Que choisir, car ils sont généralement vidés avant la cuisson, éliminant une large part des plastiques qu'ils ont pu ingérer, contrairement aux crevettes et aux moules, dont toute la chair est mangée. Résultat : la majorité des échantillons testés est contaminée par des microplastiques : 71% des mollusques, 66% du sel et des crustacés. Et 35% des échantillons de crustacés révèlent une "présence notable" de microplastiques, un chiffre qui monte à 40% pour le sel et les mollusques. 

Autre résultat inquiétant : l'étude ne fait pas ressortir d'écart significatif entre les zones et les modes de production (pêche ou élevage), soulignant ainsi l'omniprésence de la pollution plastique.

Des risques sur la santé mal évalués

Plusieurs études ont souligné que ces microplastiques "perturbaient la croissance, la reproduction et le fonctionnement homonal" des invertébrés marins, note Que choisir. Ils sont également soupçonnés d'être une voie d'exposition à des éléments toxiques ajoutés aux plastiques pendant leur fabrication : retardateurs de flamme, phtalates, bisphénol A. Toutefois, on ignore actuellement l'impact des microplastiques sur la santé humaine. "Il n’existe pas suffisamment de données portant sur l'apparition, la toxicité et le devenir dans l'organisme – ce qui se passe après la digestion – de ces matériaux pour que [l'Efsa] puisse mener à bien une évaluation complète des risques", notait en 2016 le docteur Peter Hollman, qui avait travaillé sur le sujet pour l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).

Plus préoccupant cependant, le spécialiste notait que de fortes concentrations de polluants comme les biphényles polychlorés (BPC) ou les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) pouvaient s'accumuler dans ces microplastiques. "Certaines études suggèrent que si on consomme des microplastiques dans des aliments, ces substances pourraient migrer dans les tissus", ajoutait-il. Aujourd'hui, aucune loi n'existe pour interdire ou limiter ces microparticules dans l'alimentation.

Traquer le plastique au quotidien

Pour limiter cette pollution, Que choisir rappelle les bonnes pratiques : bannir le plastique à usage unique (pailles, couverts, cotons-tiges...), éviter les produits suremballés, utiliser des cabas en tissu, boire l'eau du robinet et utiliser une gourde, préférer les vêtements en fibres naturelles (ceux en synthétique perdent leurs fibres au lavage), scruter la composition de ses crèmes solaires ou hydratantes, qui contiennent souvent du polyéthylène… un plastique.

L'intégralité du dossier est à retrouver dans le numéro 572 de Que choisir, en kiosque à partir du mardi 28 août.