Pourquoi le nouvel étiquetage nutritionnel risque de ne pas faire recette dans vos supermarchés

Dévoilé mercredi par la ministre de la Santé, ce nouveau dispositif sera mis en place dès avril. Ce code couleur doit aider les consommateurs à mieux choisir les aliments en fonction de leur qualité. Problème : il sera facultatif.

Les vignettes Nutri-Score classent les aliments en cinq catégories.
Les vignettes Nutri-Score classent les aliments en cinq catégories. (FRANCEINFO)

Vos rayons de supermarché devraient prendre des couleurs le mois prochain. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a dévoile dans Le Parisien, mercredi 15 mars, le nouvel étiquetage nutritionnel qui entrera en application dès avril.

Baptisé Nutri-Score, le dispositif proposera cinq vignettes différentes, allant du vert à l'orange foncé en fonction de la qualité du produit, type plats cuisinés ou sodas. Il s'agit d'inciter les Français à acheter moins d'aliments riches en gras, en sel et en sucre. Voici trois raisons d'avoir quelques doutes sur son efficacité.

1Parce qu’il est facultatif

Les industriels n'auront aucune obligation d'imprimer sur l'emballage de leurs produits le logo correspondant. Tout simplement parce que la réglementation européenne ne permet pas de rendre obligatoire ce genre de dispositif. 

"Je le regrette", assure Marisol Touraine dans Le Parisien. Elle compte "sur la pression des consommateurs (...) pour que les industriels s'engagent dans cette voie. Certains joueront le jeu et cela aura un effet boule de neige" : "On ne peut pas parler de santé publique et ne pas être transparent. Aujourd'hui, tout le monde parle de prévention, c'est l'avenir de la santé".

2Parce que les industriels ripostent (déjà)

Sauf que les grands industriels de l'agroalimentaire sont hostiles à ce nouveau système, qu'ils jugent stigmatisant contre certaines catégories de produits. Dès que le dispositif avait été proposé en 2014, ils s'étaient élevé contre le logo élaboré par l'épidémiologiste Serge Hercberg, président du Plan national nutrition santé (PNNS), et préconisé par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP).

Et ils comptent bien désormais contre-attaquer. Car en plus de n'être qu'une recommandation, le dispositif "n'interdit pas aux industriels d'apposer leur propre système d'étiquetage", admet le ministère, qui renvoie encore une fois aux règles européennes. Six multinationales (Coca-cola, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsi et Unilever) ont donc annoncé, jeudi 9 mars, qu'elles allaient lancer leur propre logo pour étiqueter leurs boissons et leurs aliments. Dans leur communiqué, les industriels assurent travailler sur des indicateurs beaucoup plus vastes. Ils ne seront pas basés sur des milligrammes ou des millilitres de produit, mais sur des portions. 

3Parce que sa pertinence est contestée

Des vignettes de couleur peuvent-elles changer les habitudes de consommation des Français, et donc faire baisser les maladies chroniques comme l'obésité ou le diabète ? L'Agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire (Anses) a de sérieux doutes. C'est ce qu'elle a expliqué dans un rapport, publié le 31 janvier : "Il y a un niveau de preuve insuffisant" pour démontrer la pertinence de ce dispositif. 

Surtout, l'Anses estime qu'il faut aller beaucoup plus loin que la mise en place de simples logos pour répondre efficacement "aux enjeux de santé publique que constituent surpoids et obésité, désordres métaboliques, maladies cardio-vasculaires et certains cancers". Elle incite les autorités à prendre de véritables mesures, à commencer par la réglementation des publicités qui ciblent les enfants.