Pourquoi certains pays d'Europe de l'Est cherchent des noise(tte)s au Nutella

Le sujet s'est invité à la table du dernier Conseil européen à Bruxelles. La Hongrie, la République tchèque, la Pologne et la Slovaquie accusent notamment des marques comme Ferrero de commercialiser des produits de moins bonne qualité sur leur marché.

Un pot de Nutella, à Thionville (Moselle), le 9 octobre 2015.
Un pot de Nutella, à Thionville (Moselle), le 9 octobre 2015. (MAXPPP)
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Mange-t-on le même Nutella partout en Europe ? Plusieurs pays, dont la Hongrie, la République tchèque, la Pologne et la Slovaquie, sont persuadés que non. Ils reprochent à la marque Ferrero de vendre chez eux un produit de "qualité moindre" sous le "même emballage". Au-delà de la célèbre pâte à tartiner, c'est une liste d'une vingtaine de produits de grande consommation qu'ils pointent du doigt. La question était au menu du Conseil européen, organisé jeudi 9 et vendredi 10 mars. Franceinfo vous résume l'affaire en cinq questions.

D'où est partie l'affaire ?

De Slovaquie, où un laboratoire a analysé 22 produits de consommation achetés dans les rayons des supermarchés de Bratislava, la capitale. Selon les résultats publiés par le ministère de l’Agriculture du pays, en février, la moitié d'entre eux avaient un goût, une apparence et une composition différentes "de leurs équivalents achetés dans des villes autrichiennes, distantes d’à peine quelques kilomètres", explique Le Monde. Le voisin hongrois a lui aussi réalisé une étude du même type sur 24 marques de géants de l'agroalimentaire comme Unilever ou Nestlé. Et là encore, le résultat est sans appel : il y a clairement des différences de qualité.

Quels produits sont concernés ?

La liste comporte une vingtaine de produits. Des produits laitiers, des boissons, des desserts... En Europe centrale, le Nutella serait "moins crémeux", le Coca-Cola "moins riche, moins complexe", un chocolat en poudre Nesquick moins "harmonieux" et moins "intense"... De même, une sauce carbonara Knorr ne contiendrait aucun produit fromager, contre trois chez le voisin autrichien. 

C'est la composition des produits qui est en cause. Des marques utiliseraient pour certains marchés des ingrédients moins chers, et donc de moins bonne qualité. Ils privilégieraient des matières grasses issues de plantes plutôt que d'animaux, des édulcorants plutôt que du sucre, des colorants plutôt que des extraits de fruits.

Est-ce légal ou pas ?

A priori, il n'y a rien d'illégal. Les fabricants peuvent utiliser des ingrédients différents selon les marchés. Ils doivent en revanche respecter les normes sanitaires de l’Union européenne, et préciser ces ingrédients sur l’emballage. "Les sociétés tiennent compte des goûts des consommateurs dans chaque pays", explique Florence Ranson, la porte-parole du lobby des géants de l’agroalimentaire FoodDrinkEurope, interrogée par Politico (en anglais).

Que demandent les pays d'Europe centrale ?

Ils estiment être des "poubelles européennes", selon les mots du ministre tchèque de l’Agriculture. "Ces pratiques sont humiliantes et créent deux catégories de citoyens dans l’Union", a dénoncé de son côté le Premier ministre slovaque. Ils attendent donc de l'Union européenne qu'elle se penche sur le problème et qu'elle trouve des solutions pour que "les consommateurs en Hongrie, en Slovaquie, en Autriche et en Allemagne puissent obtenir la même qualité d'une marque donnée", a indiqué le ministre hongrois de l'Agriculture.

Que promet l'Union européenne ?

Les pays frondeurs sont parvenus à faire inscrire à l'ordre du jour du Conseil européen, jeudi 9 et vendredi 10 mars, la question du "double standard pour la qualité des denrées alimentaires". Preuve que Bruxelles prend le sujet au sérieux. La commissaire européenne à la consommation, Vera Jourova, invite tous les Etats membres à lui faire remonter tous les éléments qu'ils ont en leur possession. Selon l'ampleur du phénomène, elle promet alors de prendre des mesures.

Mais c'est loin d'être gagné : lors du Conseil européen, Christian Schmidt, le ministre allemand de l’Agriculture, a rappelé que le sujet n'était pas une priorité. "La dernière chose dont l’Union a besoin, c’est d’une agence de surveillance du Nutella", a-t-il lâché. Quant au Premier ministre luxembourgeois, il a expliqué face caméra (et avec un grand sourire) avoir "mangé du Nutella ce matin" et qu'il se portait "très bien", rapporte la radio RTL.lu.