Lactalis : "Il est possible qu'il faille renforcer les contrôles de l'État" face aux "faiblesses et défaillances de l'autocontrôle"

François Collart-Dutilleul, professeur émérite des universités et spécialiste des questions de sécurité alimentaire, a avancé, mercredi sur franceinfo, l'idée de renforcer la part des contrôles effectués par l'État après le scandale du lait infantile contaminé.

Un laboratoire de bactériologie à Lyon (Rhône), en décembre 2006.
Un laboratoire de bactériologie à Lyon (Rhône), en décembre 2006. (MAXPPP)

Deux séries de plaintes simultanées ont lieu dans l'affaire Lactalis, selon des informations de franceinfo. Trente nouvelles familles vont porter plainte jeudi 15 février contre le groupe et certains groupes de distribution. Par ailleurs, l'association Foodwatch déposera plainte contre X aujourd'hui pour 12 infractions commises par Lactalis, les distributeurs, les laboratoires et les autorités publiques, pointant des failles dans la chaîne de responsabilité.

"Il est possible que notre système d'autocontrôle ait des faiblesses et des défaillances et qu'il faille renforcer les contrôles de l'État", a estimé mercredi 14 février sur franceinfo François Collart-Dutilleul, professeur émérite des universités et spécialiste des questions de sécurité alimentaire.

franceinfo : Comment fonctionnent ces laboratoires qui ont effectué des tests pour le compte de Lactalis ?

François Collart-Dutilleul : Ces laboratoires sont extérieurs à l'entreprise. L'entreprise est une cliente du laboratoire. Elle fait faire des analyses et il envoie les résultats. Selon les résultats, le laboratoire peut avoir l'obligation, ou a l'obligation, d'informer les autorités qu'il y a un problème sanitaire grave. En tout cas, il doit informer l'entreprise de manière très précise de ce qu'elle doit penser des résultats.

Une rétention d'information est-elle possible pour cacher des cas de contamination aux autorités sanitaires ?

Cela me parait difficile à penser. Connaissant un peu la manière dont travaillent ces laboratoires, ce ne serait surtout pas leur intérêt. Je pense que les laboratoires jouent le jeu. Ce sont des analyses d'une très grande complexité, il n'y en a pas tant que ça qui sont capables de faire ça. De façon générale, on peut penser que les laboratoires font leur travail. Maintenant, c'est difficile de savoir qui avait l'information et à qui l'information a été communiquée et sous quelle forme.

Est-ce que les services de l'État ne manquent pas de bras pour inspecter cette chaîne d'information ?

Après l'affaire de la vache folle, on a hésité entre deux systèmes : avoir une armée de fonctionnaires pour surveiller et contrôler ce qui se passe dans toutes les entreprises ou instaurer un système d'autocontrôle en responsabilisant les entreprises. On a choisi, en Europe, cette dernière solution et on en voit là les limites. On ne peut pas reprocher à l'État de diminuer le nombre de fonctionnaires quand on change le système vers un système d'autocontrôle. Chaque État doit avoir un plan de contrôles. Il est possible que notre système d'autocontrôle ait des faiblesses et des défaillances et qu'il faille renforcer les contrôles officiels de l'État. C'est peut-être la voie dans laquelle il va falloir s'orienter.