Cet article date de plus de deux ans.

Français contaminés aux métaux lourds : ce qu'il faut retenir de l'étude de Santé publique France

L'agence a publié jeudi une étude décrivant l'exposition d'adultes et d'enfants à 27 métaux. Elle montre un niveau de contamination dans l'ensemble supérieur à ceux recensés ailleurs en Europe et en Amérique du Nord, à l'exception du nickel et du cuivre.

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
D'après l'étude de Santé publique France, la consommation de céréales au petit-déjeuner joue un rôle dans l'exposition au cadmium, un composé des engrais phosphatés (image d'illustration).  (FOODCOLLECTION GESMBH / FOODCOLLECTION / AFP)

"L'ensemble de la population est concerné." L'agence Santé publique France révèle que 96 à 100% de la population française, adultes comme enfants, est exposée aux métaux lourds, qu'il s'agisse de l'arsenic, du cadmium ou encore du nickel. Ces résultats sont issus de l'Etude de santé sur l'environnement, la biosurveillance, l'activité physique et la nutrition (Esteban) de l'agence sanitaire.

D'avril 2014 à mars 2016, des prélèvements d'urines, de sang et de cheveux ont été réalisés auprès de 1 104 enfants et 2 503 adultes, âgés de 6 à 74 ans. Les participants ont également répondu à des questionnaires pour mieux comprendre leur environnement, leur état de santé ainsi que leurs habitudes alimentaires, entre autres. Il s'agit de la première étude mesurant, à l'échelle nationale, la contamination des enfants aux métaux. Franceinfo fait le point sur les principaux résultats de ces recherches, qui recensent l'exposition des Français à un total de 27 métaux.

L'ensemble de la population est concerné

Tous les Français ou presque sont exposés aux métaux lourds, annonce Santé publique France. L'arsenic total est ainsi présent chez 100% des adultes et enfants, tout comme le cadmium, que l'on retrouve dans la croûte terrestre. Le résultat est le même pour l'arsenic inorganique (Asi), l'acide monométhylarsonique (MMA) et l'acide diméthylarsinique (DMA).

Les taux d'exposition sont presque aussi élevés pour d'autres métaux lourds : le mercure mesuré dans les urines est ainsi retrouvé chez plus de 96% des adultes et enfants ayant contribué à l'étude et le cuivre chez plus de 97% des participants. Ce taux atteint plus de 98% pour le nickel, et presque 100% pour le mercure détecté dans les cheveux prélevés.

Les niveaux d'exposition élevés et en hausse

Si les niveaux de contamination "en mercure dans les cheveux et nickel urinaire" parmi les adultes sont proches de ceux recensés en 2006 et 2007 dans l'Etude nationale nutrition santé (ENNS), d'autres taux d'exposition sont, quinze ans après, plus importants. "Seuls les niveaux mesurés pour le plomb avaient diminué depuis l'étude ENNS en 2006‑2007", souligne Santé publique France. Ceux de métaux comme l'arsenic, le cadmium ou le chrome sont désormais "plus élevés".

L'étude de l'agence sanitaire relève aussi, pour l'arsenic, le mercure, le cadmium et le plomb, des "dépassements de valeurs-guide sanitaires" au sein d'une partie de la population. Près de la moitié des participants présentent ainsi une cadmiurie (qui mesure le niveau d'imprégnation au cadmium) supérieure au seuil recommandé par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'​alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Près d'un tiers des adultes ont également un niveau d'exposition à l'arsenic inorganique (Asi), à l'acide monométhylarsonique (MMA) et à l'acide diméthylarsinique (DMA) supérieur aux recommandations de la Haute autorité de santé (HAS).

Santé publique France relève également que "les niveaux mesurés, que cela soit pour l'enfant ou l'adulte en France, étaient plus élevés que ceux retrouvés dans la plupart des pays étrangers (Europe et Amérique du Nord), sauf pour le nickel et le cuivre". Le niveau d'exposition à l'arsenic total est ainsi supérieur en France à ceux des pays d'Europe du Nord et d'Amérique du Nord, celui du cadmium supérieur à l'ensemble des autres pays, et celui du chrome est plus élevé que dans le reste de l'Union européenne. Pour le cadmium, l'écart est particulièrement impressionnant : les niveaux d'exposition mesurés aux Etats-Unis "étaient de deux à trois fois inférieurs à ceux de la population française", note Santé publique France.

L'alimentation, premier facteur d'exposition

Comment expliquer ces écarts entre les niveaux de contamination français et étrangers aux métaux lourds ? "La France est un pays consommateur de poissons et de produits de la mer dans des proportions plus importantes que les pays d'Europe du Nord, mais moins que ceux d'Europe du Sud, ce qui se voit dans les comparaisons pour l'arsenic et le mercure, notamment", explique Clémence Fillol, l'une des autrices de l'étude de Santé publique France, au Monde.

L'alimentation est le premier facteur de l'exposition aux métaux lourds. La consommation de poissons et plus généralement de produits de la mer, joue sensiblement sur les niveaux d'arsenic, de cadmium et de mercure au sein de l'organisme, souligne l'agence sanitaire dans son étude. La présence plus élevée de métaux comme le chrome ou l'arsenic dans les mers et océans peut influer notre niveau d'exposition, si nous consommons du poisson.

Pour les enfants, la consommation de céréales a un impact sur leur exposition au cadmium, et le fait de consommer des légumes (ou des céréales) issus de l'agriculture biologique les expose davantage au cuivre. Selon Clémence Fillol, interrogée par Le Monde, "l'explication pourrait être liée à l'augmentation des concentrations (de métaux) dans les sols et notamment agricoles". Le cadmium, par exemple, est un métal présent dans des engrais minéraux phosphatés, tandis que l'agriculture biologique a recours à des fongicides composés de cuivre, pour la production de vin, de pommes ou encore de pommes de terre.

D'autres facteurs jouent aussi dans l'exposition des Français aux métaux lourds : les fumeurs sont davantage exposés au cadmium et au cuivre, tandis que les implants médicaux jouent sur la contamination au chrome.

Le poisson déconseillé plus de deux fois par semaine

Ces expositions plus élevées aux métaux lourds sont sources de risques accrus pour la santé des Français. Dans son étude sur le cadmium, Santé publique France rappelle le caractère cancérogène de ce métal, le fait qu'il peut provoquer "une atteinte osseuse"et "des atteintes de la fonction rénale", et le classement de certains de ses dérivés parmi "des agents (probablement) toxiques pour la fertilité humaine et pour le développement fœtal". Le cadmium est également un toxique "cumulatif", qui s'accumule dans les tissus et dont les effets toxiques ne s'expriment qu'à partir d'un certain seuil, souligne l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

L'arsenic et ses composés sont également classés par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) "dans le groupe 1 des cancérogènes pour l'homme", rappelle Santé publique France, tandis que le mercure organique touche particulièrement le système nerveux central, d'après l'agence.

Face à ces risques, "il est recommandé de consommer deux fois par semaine", pas plus, "du poisson dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux de pêche", conclut Santé publique France. L'étude Esteban appelle également à "ancrer davantage la lutte contre le tabagisme, y compris le tabagisme passif, afin de réduire l'exposition au cadmium". La consommation de tabac, à elle seule, provoque une hausse "de plus de 50%" d'imprégnation.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.