Amiante à l'école : "Soit on bloque les cours, soit on met la santé des élèves et la nôtre en danger"

A la veille de la rentrée, la potentielle présence d'amiante dans les établissements scolaires inquiète toujours. L’association Urgence Amiante Ecoles réclame un état des lieux de ce matériau à risque pour la santé des élèves et du personnel.

Amiante à l\'école : \"Soit on bloque les cours, soit on met la santé des élèves et la nôtre en danger\"
Amiante à l'école : "Soit on bloque les cours, soit on met la santé des élèves et la nôtre en danger" (Crédits Photo : © Pixabay / Wokandapix)

De l’amiante dans les salles de classe ? C’est la question qui anime Cyril Verlingue, enseignant et président de l’association Urgence Amiante Ecoles. "L’utilisation de l’amiante dans la construction est interdite en France depuis 1997" nous rappelle-t-il. "Mais tous les établissements scolaires construits avant cette date sont susceptibles d’en contenir. Cela représente 85% des établissements scolaires français." (1)

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Un mésothéliome pour 20 à 60 enseignants par an

Un chiffre qui n’est pas dénué de risque pour les usagers de ces établissements : élèves, enseignants, personnel d’entretien… tous sont susceptibles d’inhaler au quotidien des poussières de ce matériau impliqué dans des pathologies respiratoires comme la fibrose pulmonaire, le cancer des bronches ou des poumons, l’épanchement pleural mais aussi le célèbre "cancer de l’amiante" ou mésothéliome pleural.

Preuve en est le rapport de Santé publique France paru en juin 2019 présentant les résultats d’un programme national de surveillance du mésothéliome pleural sur 20 ans, entre 1998 et 2017, avec "un chapitre inédit consacré aux enseignants", note Cyril Verlingue. Ainsi, ces travaux révèlent que "chaque année, entre 20 et 60 enseignants - ou personnes ayant exercé au moins une fois - développent un mésothéliome" alerte le président de l’association.

Mais "ce rapport ne concerne que les enseignants car leur suivi est plus simple. Pour les élèves, on ne connaît pas les chiffres" déplore-t-il.

Pas de DTA dans une école sur trois

Ce qu’on ne connaît pas non plus, c’est le nombre d’établissements concernés, car aucun registre n’existe. Pire, "un tiers des écoles primaires et maternelles n’ont pas de diagnostic technique amiante (DTA), un document pourtant obligatoire et qui doit être consultable par tous les usagers du lieu" rappelle Cyril Verlingue.

D’où la principale revendication de l’association Urgence Amiante Ecoles : obtenir une transparence totale sur les données de présence d’amiante dans tous les établissements scolaires français. Concrètement, "on demande au ministère de l’Éducation nationale de mettre en place une base de données publique consultable par tous" explique l’enseignant, estimant que "le ministère, qui a en charge la santé de tous les usagers des établissements scolaires, doit prendre ses responsabilités".

En attendant, l’association Urgence Amiante Ecoles organise sur son site internet une grande campagne de recensement des DTA dans les établissements scolaires sous forme d’enquête citoyenne. Et pour le moment, les résultats sont peu reluisants : "parmi les établissements scolaires qui ont rendu un DTA, 70% en moyenne révèlent la présence d’amiante."

"Choisir entre santé et scolarité"

Deuxième revendication de l’association : "former les agents d’entretien et de maintenance aux risques de l’amiante puisque ce sont eux les plus exposés" appuie Cyril Verlingue.

Enfin, Urgence Amiante Ecoles demande que le ministère de l’Éducation nationale prenne en charge le désamiantage des établissements concernés et ce sans attendre que des mobilisations de parents et d’enseignants les y contraignent. Pour le moment, dans les établissements touchés, "soit on bloque les cours, soit on met la santé des élèves et la nôtre en danger", témoigne le professeur.

"Plutôt qu’un traitement au cas par cas, nous voulons un large plan d’étude qui cible en urgence les cas les plus problématiques" soutient Cyril Verlingue. Car selon ce militant, "les enseignants et les parents ne doivent pas à avoir à choisir entre la santé et la scolarité des enfants".

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(1) Chiffres de l’observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement publiés en 2016.