Rappel de prothèses mammaires : le professeur Lantieri pointe l'Agence nationale de sécurité du médicament "qui ne fait pas son travail"

Le professeur Laurent Lantieri, chef de chirurgie plastique à l’hôpital européen Georges-Pompidou, estime que l'ANSM devrait prendre des dispositions beaucoup plus strictes pour les dispositifs médicaux implantables.

Des prothèses mammaires, le 26 août 2013.
Des prothèses mammaires, le 26 août 2013. (DANIEL GARCIA / AFP)

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a demandé à la société Allergan de procéder au rappel de ses implants mammaires texturés actuellement en stock. Ces implants on en effet perdu le marquage CE qui permet de les vendre en France et en Europe, après le signalement de 53 cas de lymphomes anaplasiques à grandes cellules depuis 2011. Invité de franceinfo, mercredi 19 décembre, le professeur Laurent Lantieri, chef de chirurgie plastique à l’hôpital européen Georges-Pompidou, déplore le fait qu'il n'y a "toujours pas de mesure de police sanitaire" pour mieux protéger les patientes.

franceinfo : Êtes-vous satisfait du retrait de ces implants ?

Laurent Lantieri : Je suis satisfait de la décision de retrait d’un marquage CE. Je suis moins satisfait de la manière dont l'ANSM a réagi. Elle continue à dire qu’elle n’y est pour rien. On n’a toujours pas de mesure de police sanitaire. Il y a encore des femmes qui, il y a trois semaines, se faisaient implanter ce type de prothèses. La pression mondiale sur ce problème de certification des implants montre que les dispositifs médicaux implantables ne sont soumis qu’à un simple marquage CE, alors que pour les médicaments il y a des dispositions beaucoup plus strictes. Sur les prothèses implantables, il suffisait de modifier un petit peu et il y avait quand même un marquage CE. J’espère que demain, on modifiera la législation concernant la protection des patients sur les dispositifs implantables.

Est-ce que ce genre de scandale peut se reproduire ?

Absolument. Nous ne sommes pas à l’abri d’un autre scandale sur un autre dispositif médical implantable puisqu’il n’y a pas de modification de la législation sur ce sujet. Il y a un problème, c’est que ces organismes certificateurs sont des organismes privés qui sont à la fois juge et partie. Suivant l’organisme, vous pouvez avoir plus ou moins de facilité. Il n’y a pas de structure publique. À côté de cela, il y a l’ANSM qui est pléthorique et qui ne fait pas son travail. Avec les "Implant files", on voit que, dans le monde entier, les implants ne sont pas soumis à des réglementations qui nous paraissent suffisantes pour protéger les patients.

Quels conseils donnez-vous aux femmes qui portent ces prothèses ?

Il faut être rassurant. La plupart de ces patientes n'auront pas de problème. Il faut aller voir le chirurgien. S’il y a un problème, une modification d’aspect, ou si par une IRM on voit qu’il y a une anomalie, il faut enlever la prothèse et tout ce qu'il y a autour, la réaction inflammatoire autour de la prothèse, car c’est là que se situe le problème. [Le lymphome anaplasique] se guérit chirurgicalement. Lorsqu’on l’opère précocement, et qu’on a enlevé toute la capsule et tout le lymphome, il n’y a pas besoin de traitement complémentaire. Par contre, si on ne le fait pas et qu’on le laisse évoluer, cela peut être dramatique.