Un monde d'avance, France info

Un porte-conteneurs va rejoindre pour la première fois l’Europe par la route arctique

Tous les jours "Un monde d'avance" donne un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars" et qui pourrait nous échapper… Aujourd’hui, direction l'Arctique où un porte-conteneurs est pour la première fois en train de briser la glace pour faire la jonction entre l'Asie et l'Europe.

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Un navire brise-glace devant un porte-conteneurs dans le cercle arctique, en mai 2016. 
Un navire brise-glace devant un porte-conteneurs dans le cercle arctique, en mai 2016.  (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Il s'appelle le Venta Maersk, c'est un bateau tout neuf et de taille modeste à l'échelle du transport maritime avec ses 200 mètres de long et ses 3 600 containers remplis de produits électroniques et de poissons congelés. Parti fin août de Vladivostok, dans l'extrême orient russe, il doit livrer sa marchandise dans différents ports européens, notamment en Allemagne. Jusqu'ici rien d'extraordinaire... et pourtant ce bateau va entrer dans l'histoire. Parce qu'il est le premier navire de commerce à longer la Russie par le Nord, donc en Arctique, pour aller du détroit de Béring à la mer de Norvège.

Une grande première 

Dans cette zone, la banquise est tellement épaisse que jusqu'ici seuls les gigantesques méthaniers brise-glace étaient capables de passer (sauf pendant les trois mois d'été). Mais le réchauffement climatique fait son oeuvre : il a fait presque 30 degrés en Arctique cet été. Les glaces n'ont pas disparu, mais elles ont fondu de manière considérable. Le Venta Maersk, qui doit malgré tout naviguer derrière un brise-glace, vient de passer les zones les plus périlleuses. Son voyage n'est pas terminé mais c'est déjà un succès.  

Une nouvelle route couteuse pour l'instant

Passer par le Nord pour rallier l'Asie à l'Europe c'est le chemin le plus court ! C'est une, voire deux semaines de moins qu'en passant par le sud et le Canal de Suez mais ça reste un voyage très coûteux. La route doit être dégagée par des brise-glace à énergie nucléaire ; et seuls des porte-conteneurs de taille modeste comme le Venta Maersk peuvent se frayer un chemin. Et parce que les glaces sont toujours là, jusqu'à un mètre d'épaisseur quand même, c'est dangereux pour les coques des navires.  

Maersk qui n'a pas vraiment communiqué sur cette première la présente comme un simple test, pas comme l'ouverture d'une ligne régulière. L'option commerciale ne serait pas réaliste avant 10 ou 20 ans. Mais l'armateur, numéro un mondial prend position dans la course aux nouvelles routes maritimes.  

La Chine se positionne pour les années à venir

En 2020, Pékin s’est fixé pour objectif de faire transiter 20% de ses exportations par ce "passage du nord-est".  La Russie, dont les trois quarts de cette route sont situés dans ses eaux côtières, est aussi intéressée, car cela lui permettrait de désenclaver la Sibérie, ses productions de diamants, de fer, de gaz. L'enjeu est tout autant économique que stratégique : Moscou a récemment renforcé sa présence le long de ses côtes arctiques en y installant une dizaine de bases militaires.

Un navire brise-glace devant un porte-conteneurs dans le cercle arctique, en mai 2016. 
Un navire brise-glace devant un porte-conteneurs dans le cercle arctique, en mai 2016.  (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)